dimanche, août 08, 2010

 

Travail un jour, travail toujours

De plus en plus d'aînés gardent un emploi au-delà de l'âge officiel de la retraite.

Par passion, par nécessité financière ou pour avoir une vie sociale mieux remplie, de plus en plus d'aînés travaillent au-delà de l'âge officiel de la retraite. Une bonne nouvelle pour les autorités, qui s'inquiètent du manque de main-d'œuvre annoncé par les départs massifs à la retraite des baby-boomers. Portrait d'une pratique qui se développe.

Il est fringant sur son vélo. Avec ses bacantes blanches qui remontent de chaque côté de la bouche, Richard Bélisle dégage une bonne humeur contagieuse. À 69 ans, ce guide de voyages à vélo a entamé sa dixième saison de travail. Au programme: Toscane, Autriche, Irlande, Vietnam et Maroc... six mois de découverte avec des férus du deux-roues. « Je suis comblé. Je peux vivre ma passion. Avec les voyages, on ne vieillit pas, on grandit », s'enthousiasme l'homme surnommé «Monsieur Moustache» par ses collègues.

Ancien directeur d'école secondaire, Richard Bélisle a eu une vie sociale remplie. « Il est impensable d'arriver à la retraite et de rester seul chez moi. De toute façon, la retraite, ça n'existe plus », assure-t-il. L'homme a consacré les deux premières années de sa retraite à une formation de cuisinier.

Puis il est devenu guide chez Vélo Québec. Cela fait dix ans qu'il roule ou fait office de voiture-balai récupérant les cyclistes fatigués. Ne prévoyant pas s'arrêter de sitôt, il s'entraîne pour rester en forme. «À mon âge, il faut maintenir la masse musculaire, explique-t-il. Pendant l'hiver, je fais du ski de fond, du vélo sur cylindres, et je soulève des poids.»

Comme lui, d'autres n'ont pas fait le choix de Liberté 55. Pour rester actives ou pour des raisons financières, un nombre croissant de personnes de 55 ans ou plus travaillent. Au Québec, leur nombre a presque doublé en dix ans, pour atteindre près de 650 000 en 2009. Malgré cela, les statistiques annoncent tout de même une pénurie de main-d'oeuvre causée par les départs massifs à la retraite des baby-boomers.

D'après le ministère québécois du Travail, près de 490 000 départs sont attendus d'ici 2013, ce qui correspond, compte tenu de la croissance prévue de l'emploi, à 640 000 postes à combler. Selon les prévisions, cela entraînera une baisse de 0,2 % du PIB à partir de 2021, soit un tiers de la croissance attendue. Afin de trouver une solution, le gouvernement du Québec vient d'allouer un million de dollars à la création d'une commission nationale sur le vieillissement actif qui évaluera les pistes de solution pour maintenir en emploi les 55 ans ou plus.

Pour Marguerite Blais, ministre responsable des Aînés au Québec, il revient aussi aux entreprises d'anticiper pour trouver le personnel nécessaire. Selon elle, une personne sur cinq de 65 ans ou plus travaillerait si elle en avait la possibilité. Mais encore faut-il avoir des conditions d'emploi adaptées à ces gens qui ne veulent pas avoir le même rythme qu'avant.

Trouver la bonne formule


Élisabeth Abelé Mercier a trouvé la formule qui lui convient en travaillant trois mois par année dans un centre de jardinerie sur la Rive-Sud, près de Montréal. « Il faut être polyvalent, mais l'entreprise donne beaucoup d'autonomie. C'est important quand on est à la retraite », déclare la femme qui a longtemps exercé dans le tourisme et l'agriculture. Très active, elle voulait partager sa passion de l'horticulture. « J'ai contacté des entreprises et envoyé des CV sans mentionner mon âge, car j'avais peur que cela soit une barrière, concède-t-elle. Quand je dis que j'ai 74 ans, il y a souvent 30 secondes de silence... On me donne dix ans de moins. »

Afin de se remettre à niveau, elle a suivi un projet d'intégration en jardinerie pour les personnes de plus de 50 ans. La première année, elle était dans une entreprise où le travail était trop difficile. « Il fallait décharger des camions. Cela n'était pas adapté à des personnes comme moi », explique celle qui travaille tout de même de cinq à six jours par semaine, en se levant à 5h15 chaque matin. « À la fin de la saison, je suis contente de récupérer un peu de sommeil », confie-t-elle.

Marcel Dufresne, quant à lui, est à la retraite depuis 2001. Il y a sept ans, cet ancien magasinier dans une commission scolaire a repris un poste chez St-Hubert pour des raisons financières. « J'ai vendu ma maison pour en acheter une plus grande. Ma rente était insuffisante pour payer l'hypothèque et vivre correctement à côté », explique l'homme de 58 ans qui a pu bénéficier de la retraite après 31 ans d'ancienneté. Il reconnaît que la nécessité de travailler vient de lui. « Mon but est d'arrêter bientôt, mais pour le moment, j'ai des projets qui me demandent d'avoir un revenu plus important », précise le livreur qui fait près de 40 heures par semaine. Il a tout de même l'intention de diminuer ses heures prochainement.

Munis d'une longue expérience professionnelle et d'un riche parcours de vie, les aînés cumulent des qualités que les employeurs ne peuvent ignorer. Certaines entreprises l'ont bien compris, comme la Banque Nationale qui a réembauché près de 33 % de ses employés partis à la retraite en 2007. « Dans notre secteur, ce sont l'expertise et la qualité qui priment. C'est très long à acquérir. On ne veut pas se priver de personnes qui correspondent à nos besoins », déclare Denis Dubé, directeur des communications à la Banque Nationale. Toutefois, il explique que l'entreprise n'a pas de politique incitative ou de programme pour les retraités: « C'est du cas par cas en fonction des possibilités et de l'expertise disponible. Cela peut être pour un mandat de deux mois ou un contrat à temps partiel. »

Horaires adaptés, travail saisonnier et reconnaissance de l'expérience, les aménagements nécessaires au maintien à l'emploi des aînés commencent à être considérés par les employeurs. Toutefois, restent encore des efforts à faire. Bien que l'âge de la retraite officiel soit à 65 ans, les Québécois la prennent en moyenne à 62 ans, soit deux ans plus tôt que la moyenne canadienne. De plus, il existe des secteurs où travailler jusqu'à 65 ans est un véritable défi, par exemple chez les infirmières. Après 26 ans d'activité dans un CHSLD, Johanne Côté est épuisée. « Ils auraient pu me dire n'importe quoi, je ne serais jamais restée. J'ai enduré le plus longtemps que j'ai pu. Je ne veux plus rien faire », confie la femme de 55 ans qui a pris sa retraite en septembre 2009. Elle était pourtant en retraite progressive, mais les conditions de travail étaient trop difficiles. « Nous n'avons plus de temps pour les patients. Il y a trop de paperasse et de gestion. Même en fin de carrière, nous n'avons même pas de vraies vacances et c'est impossible de prendre nos jours de congé, car il n'y a personne pour nous remplacer », explique-t-elle. Même si son départ précoce implique des pénalités sur sa rente, Johanne Côté est heureuse de son choix. Selon elle, il faudrait repenser les conditions de travail et donner une meilleure reconnaissance à la profession.

Pour le ministre du Travail, Sam Hamad, plusieurs mesures sont déjà en place pour faciliter le travail des aînés. Selon lui, le défit n'est pas de réengager, mais bien de garder les personnes en emploi. « Il faut rendre le travail plus attractif et plus payant, assure-t-il. Nous voulons que les personnes restent sur une base volontaire, car il n'est pas question de repousser l'âge de la retraite à 67 ans. »

COMMENTAIRE DE PHILOMAGE

Il est heureux que le Ministre Sam Hamad ne cherche pas à repousser l'âge de la retraite à 67 ans. S'il y a un temps de la vie où l'on doit avoir entière liberté de choix, c'est bien celui de la retraite. Difficile de faire des règles générales après 60 ans. Comme on le sait tous, chaque personne qui arrive à ces âges a une vie de travail derrière elle et s'il s'agit de récupérer pour l'économie québécoise des pertes de productivité, on peut s'attendre à des résultats négatifs.

Tant que l'on demeure dans l'occupationnel et le loisir déguisé, le retour au travail est possible (mais pas nécessairement souhaitable).

La réponse à cette carence future de main-d'œuvre, ce ne sera jamais de maintenir les Seniors au travail. Il faut miser à tout prix sur une utilisation moins intensive de la main-d'œuvre dans tous les secteurs de l'économie et faire appel à un usage plus intensif de la technologie, dont les rendements croissants vont compenser amplement pour la sortie des baby-boomers du marché du travail. L'expérience et l'expertise des Seniors doivent jouer à ce niveau : transmettre la mémoire de l'organisation et les trucs du métier ou de la profession. C'est déjà beaucoup, compte tenu du fait que les entreprises privées (PME et grandes entreprises) se sont foutues du bien-être de leurs travailleurs, en les mettant à pied dès le début de la cinquantaine, il n'y a pas si longtemps.

Comme je l'ai déjà dit dans un commentaire antérieur, c'est la qualité de la jeune main-d'œuvre qui va faire la différence, c'est la nouvelle façon de créer de la richesse, c'est aussi en misant sur la formation sous toutes ses formes que l'on réussira le pari du « moins de main-d'œuvre disponible ». Le mot-clé, c'est L'ÉDUCATION, L'ÉDUCATION, L'ÉDUCATION,…!

RD

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