lundi, juin 16, 2008

 

Une mentalité de « vieux » : un état d’esprit à développer?

La question de l’image de soi me préoccupe. J’ai 63 ans et je ne les sens pas. Je vois de plus en plus de gens dans notre société qui tentent de créer une classe d’aînés, différente de celles des autres citoyens, qui doivent s’y consigner et adopter des attitudes de « vieux ». Est-ce la bonne façon de vivre? Y-t-il une cassure si profonde quand arrive l’âge de la retraite et du loisir?

Une partie de mon histoire personnelle récente

J’ai pris ma retraite à soixante ans parce que je n’avais plus le goût de faire du quotidien au travail. J’ai commencé à travailler pour payer mes études à l’âge de 17 ans et j’ai fait de grandes études et ensuite, le marché du travail pendant tout le reste. J’ai eu une famille de deux enfants que j’ai rendus à l’Université. Ma conjointe s’est poussée lorsque ma fille a quitté la maison à 18 ans; elle voulait réaliser ses rêves, n’étant plus confortable de vivre en couple et d’échanger sur le plan personnel. Elle brisa de ce fait ma petite famille et tout ce que j’avais investi dedans.
Il me reste mon fils et sa petite fille de 1 an car lui aussi, a dû quitter en catastrophe son début de concubinage; lui et sa concubine ayant développé rapidement des incompatibilités. Maintenant, la joie, c’est de recevoir cette enfant deux fois par semaine et de la voir se développer à notre grand plaisir.

Un enfer au plan de la santé

J’ai vécu au cours des derniers neuf mois un enfer au plan de la santé ; trois mois de port de sonde pour vessie bloquée, ajustement de ma glycémie, subir une opération majeure (prostatectomie en plein Noël), hospitalisation, retour à la maison et un suivi quotidien par le CLSC, bris des points de suture, pose de mèche à chaque matin, tendinite de la jambe droite pendant 4 mois et j’en suis sorti.

Maintenant, le temps de la rétroaction

Je suis retombé sur mes deux pieds, littéralement et concrètement. Après avoir traîné la patte pendant plusieurs mois, l’énergie et la résistance physique et morale sont revenus. Je me suis dit : une autre expérience majeure dans ma vie et j’ai passé à travers. Et, qu’est-ce que cela à voir avec la classe des aînés? Justement, c’est là que le bât blesse. En vieillissant, on n’échappe pas aux aléas de la santé et comme toute autre période de la vie, elle est faite d’ajustements et de nouveautés. Mais, faut-il se définir comme « vieux » ? Je n’en crois rien.

L’image que me renvoie le miroir est celle d’un homme qui a pris de l’âge mais qui garde en lui le sens des réalisations et un profond goût de vivre. La réponse à l’angoisse de la mort pourrait être simple si on se disait : on verra quand cela arrivera, entretemps, on mord dans la vie.

La classe des aînés

En se cantonnant avec des gens qui n’ont plus de projets de vie, on se sent vieillir en accéléré, incapable d’envisager un nouvel horizon, avec une vision rétrospective d’avoir perdu cette fameuse jeunesse qui nous avait fait miroiter que tout serait possible dans la vie. Hélas, l’éternité, c’est un concept de l’esprit. La réalité, c’est que nous vivons une vie, étape après étape, et qu’il y a un ajustement mental qui se fait graduellement pour les franchir les unes après les autres. Rien de plus, rien de moins. Il n’y a pas de honte à voir apparaître des cheveux blancs parce qu’ils font partie d’une période inévitable de la vie.

Seulement renoncer au plaisir de vivre et de trouver une forme de bonheur à chaque étape de la vie, c’est monstrueux. Il y a autant de beauté à regarder le vieillard assis dans sa chaise berçante en train de ruminer sur le monde de son passé et de se lever lentement, aller se coucher en attendant un lendemain encore intéressant. Ses enfants lui rendent chaque jour les joies et bonheurs qu’il leur a donnés gratuitement. Un sentiment d’accomplissement le baigne continuellement. Il a vécu au meilleur de lui-même, faisant des erreurs mais encore plus de bons coups. Après tout, la vie, c’est un apprentissage continuel, rien de moins.

Alors, on devient « vieux » quand ? À partir du moment où il n’y a plus de projets dans notre tête, où les lendemains n’existent plus sans joie et espoir.

L’endormissement de notre cerveau ou son engourdissement est sans doute les premiers signes de la vieillesse. Quand apparaît cette phase, si elle est irréversible, il n’y a pas lieu de s’en inquiéter parce que la vivacité de l’esprit, c’est ce qui nous rend pleinement vivant. Après, il faut passer à autre chose. Mais, il y aura encore d’autres satisfactions. Une anecdote à ce sujet. J’ai vu mon père, suite à un accident d’auto être dans le coma. Ses premiers réflexes en revenant à la conscience, furent de s’étirer les jambes et d’apprécier une première cuillerée de crème glacée. Je le sais parce que c’est moi qui le lui ai donné. Quand je l’ai vu se délecter de si peu alors qu’il ne lui restait qu’un maigre fil de vie, je me suis dit qu’il y avait de la joie de vivre dans les moindres instants de notre existence, même les plus périlleuses ou les plus extrêmes.
La création d’un nouveau monde de gens âgés

Entretemps, ce qui est en train d’arriver, c’est l’arrivée d’une cohorte large de baby-boomers qui n’ont pas l’intention de laisser leur place et leurs ambitions aux garde-robes. Ces derniers ont vécu toute leur vie dans la nouveauté. Ils ont réinventé le marché du travail et de nouvelles façons de vivre la vie. Comment penser qu’ils vont se cantonner dans un monde passif, sans horizon d’avenir? Ils vont s’accommoder de l’âge comme ils se sont accommodé des inconvénients des autres âges de la vie. Et, ils seront très très nombreux à le faire.

Je m’inscris dans ce nouveau bateau, faisant partie des premières vagues de ces nouveaux retraités qui vont vouloir jouir encore longtemps de la vie. Et, je crois sincèrement qu’ ils vont en avoir la possibilité, vu la meilleure hygiène de vie qu’ils se sont donnés toute leur vie, et ce, depuis leur plus tendre enfance.

Donc, il n’y a pas lieu de définir une classe de « vieux », mais d’ajuster les besoins des personnes vieillissantes à leur contexte personnel et de laisser se faire le mélange des âges et des aspirations, tout en retenant qu’à chaque période de la vie, il y a des gestes et actions qui appartiennent spécifiquement à chaque tranche de la vie. On ne demande pas à un enfant de jouer à l’adulte et l’adulte n’a pas à redevenir enfant.

Chaque âge successif a ses priorités que la Nature a bien définies et qu’il faut respecter.

Alors, je me dis que les choses vont s’éclairer en trouvant mon véritable cheminement de vie et que c’est dans ce tracé que je dois m’inscrire pour réussir ma vie.

RD

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