jeudi, septembre 30, 2010

 

Le Barreau pour un encadrement légal de la fin de vie

Le Barreau du Québec estime que le choix d'une personne de demander une assistance médicale pour mettre fin à sa vie doit être respecté, tout en favorisant le développement de soins palliatifs accessibles et efficaces.

Dans la version abrégée du mémoire que le Barreau déposera à la Commission spéciale de l'Assemblée nationale du Québec sur la question de mourir dans la dignité, dont Radio-Canada a obtenu copie, l'association soutient que la loi québécoise devrait faire état de l'existence ce choix, en y incluant une procédure bien définie.

Le Barreau du Québec y va notamment des recommandations suivantes :

  • Reconnaître le droit d'un majeur apte, ainsi que d'un majeur inapte qui a exprimé des volontés à cet effet alors qu'il était apte, de requérir une assistance médicale pour mettre fin à leur vie, dans des circonstances bien encadrées, pour des situations exceptionnelles;
  • Adopter une procédure dans la Loi sur les services de santé et les services sociaux, pour encadrer ce processus de choix de fin de vie.

Le Barreau du Québec précise que « le caractère sacré de la vie » doit demeurer une valeur dominante dans le système de santé et dans la société. Il estime toutefois qu'« il demeure toujours un certain nombre de cas où les soins palliatifs ne permettent pas de soulager le patient, ou encore des cas où le patient souhaitera les interrompre ou ne pas les recevoir du tout. Ce choix du patient devrait pouvoir être respecté ».

Pour ce qui est de la procédure qui pourrait être incluse dans la loi, le Barreau en définit les paramètres de façon très stricte :

  • Il devrait s'agir d'une situation exceptionnelle, soit une maladie incurable ou une maladie risquant d'entraîner la mort dans les six mois suivant le diagnostic;
  • La souffrance du patient devrait être démontrée par une évaluation médicale approfondie;
  • Le consentement du patient et ses circonstances devraient être évalués par un psychiatre;
  • Une personne majeure inapte devrait avoir émis sa directive pendant qu'elle est en mesure de le faire. Dans le cas contraire, personne ne pourrait demander l'euthanasie en son nom;
  • La demande du patient devrait être effectuée par écrit et signée en présence de deux témoins qui n'ont pas d'intérêt dans cette décision;
  • Le médecin traitant ferait le suivi de cette demande, analyserait le dossier et vérifierait surtout si le patient « maintient sa volonté telle qu'exprimée initialement et répétée après un délai de 15 jours ».

Le Barreau recommande également un suivi par le coroner, après chaque décès survenu à la demande d'un patient, pour s'assurer du respect intégral de la procédure inscrite dans la loi.

COMMENTAIRE DE PHILOMAGE

Le Barreau reconnaît les cas extrêmes d'individus en fin de vie qui auraient le droit, suite à leur demande expresse, d'exiger que l'on mette fin à leurs souffrances et à leur vie. C'est déjà un pas énorme que de reconnaître qu'il y a des situations où la médecine est impuissante à soulager le patient et qu'il est du devoir des soignants de répondre aux attentes exprimées, dans un cadre légal de procédures bien déterminées.

On pourrait peut-être envisager le problème comme suit : quand une personne est en train de mourir irrémédiablement dans des souffrances innommables, c'est que le corps de la personne n'a plus les qualités de vie ou la vitalité qu'il avait auparavant. Il est malade au point où la vie va de toute façon se retirer dans un laps de temps très court. Demeure-t-il un être humain à part entière puisque son état est en train d'empirer au point où la vie va s'évacuer de son corps.

C'est un peu beaucoup le débat de l'embryon que l'on veut faire avorter : cet embryon a tout ce qu'il faut pour devenir un être humain en chair et en os, en bonne santé, et pourtant, il est légal de l'avorter à la demande de la mère, pour des raisons qui souvent ne sont pas valables. L'individu « embryon » perd son droit à l'existence et à une vie bien remplie du fait que l'on permet son avortement. Une situation où l'éthique est mise à rude épreuve!

Dans le cas de l'euthanasie, il s'agit d'une extinction graduelle de la vie qui reste à vivre. L'accélérant que l'on donne au malade en phase terminale, sur approbation de son médecin et avec le plein consentement du patient lui-même, dans des circonstances extrêmes de douleur et de souffrance, peut être perçu comme un acte d'humanité et de respect face à la vie, qui doit prendre fin de toute façon.

C'est un cycle bien naturel que celui du renouvellement des générations. Nous mettons des enfants au monde pour qu'ils nous survivent. Dans le processus, nous écoulons jusqu'à extinction nos jours de vie, pour ne pas dire de survie. Selon moi, il serait plus naturel d'aider quelqu'un à quitter la vie parce qu'elle est rendue à son terme plutôt que de l'empêcher de s'épanouir par une nouvelle naissance.

C'est un débat qui porte à réfléchir et qui ne sera pas facile à trancher!

RD

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Le sort des aînés inquiète le Protecteur du citoyen

(Québec) Constatant de nombreuses lacunes dans les services destinés aux aînés, le Protecteur du citoyen recommande au gouvernement Charest de faire des inspections dans les résidences privées.

Le Protecteur du citoyen note des lacunes dans certains établissements, tant privés que publics, au chapitre des services d'hygiène et d'alimentation.

Article de Tommy Chouinard, la Presse, 30 sept, 2010

Photo: François Roy, La Presse

À l'heure actuelle, seuls les CHSLD font l'objet de «visites d'appréciation de la qualité» par le ministère de la Santé et des Services sociaux.

Dans son rapport 2009-10 déposé ce matin à l'Assemblée nationale, le Protecteur du citoyen signale qu'au 31 mars 2010, environ 20% des quelques 2000 résidences privées pour personnes âgées ne sont toujours pas certifiées. Or toutes les résidences devaient l'être avant le 30 juin 2009, selon le plan initial du gouvernement.

«Tant que le processus de certification n'est pas complété, il n'y a aucune assurance de conformité aux critères sociosanitaires contribuant à garantir la sécurité dans les services», peut-on lire dans le rapport.

Le Protecteur du citoyen note des lacunes dans certains établissements, tant privés que publics, au chapitre des services d'hygiène et d'alimentation. En résumé, «le régime de vie est établi davantage selon l'organisation du travail qu'en fonction des besoins» des aînés. Le Protecteur du citoyen constate «un nombre croissant de plaintes» dans les résidences privées. C'est pourquoi le Protecteur du citoyen demande que ces établissements soient également inspectés.

Il s'inquiète par ailleurs de la réduction du nombre de «visites d'appréciation de la qualité» qui sont planifiées annuellement - de 12 % à 10%. Or, dans son dernier rapport annuel, le ministère de la Santé s'était engagé à intensifier les inspections.

COMMENTAIRE DE PHILOMAGE

Une société moderne comme le Québec devrait s'assurer que tous ses citoyens, quel que soit leur âge (et surtout s'ils sont en état de dépendance ou d'incapacité de s'occuper d'eux-mêmes), reçoivent les soins adéquats. C'est un minimum vital!

Avec tous les faux scandales qui occupent la Place publique présentement, il n'est pas étonnant que le Gouvernement arrive difficilement à rencontrer ses objectifs sociaux. Qui est responsable de ce climat de suspicion? L'Opposition péquiste ne fait que du mitraillage, voulant défaire le gouvernement à tout prix. Les journalistes, pas plus brillants, tombent dans le panneau du sensationnalisme. On n'a qu'à regarder évoluer l'affaire Bellemarre pour se rendre compte jusqu'où peut aller un « freak show » d'avocat pour discréditer un Premier Ministre élu majoritairement par les Québécois.

L'État québécois doit garder la tête froide et foncer dans ses réformes et l'application des nouveaux règlements concernant les aînés est une priorité, particulièrement ceux qui touchent aux plus démunis ou handicapés de notre société.

RD

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mardi, septembre 28, 2010

 

L’art de voyager quand on est à la retraite

Article de Gérard Coderre, collaboration spéciale, Le Soleil, 28 septembre 2010

Avec l'arrivée des baby- boomers à la retraite, vous entendrez de plus en plus parler de voyages. À la retraite, tous rêvent de prendre le large. Mais peut-on vraiment penser qu'on voyagera une fois à la retraite si on n'a jamais voyagé auparavant?

Pensez-vous vraiment qu'à la retraite vos goûts et vos champs d'intérêt changeront et vos moyens financiers vous permettront de voir les choses autrement? On peut en douter. Il y a de fortes chances que vos passe-temps demeureront les mêmes que ceux que vous aviez avant de quitter le marché du travail. Si le cinéma vous intéressait, vous continuerez à aller au cinéma. Si vous étiez un amateur de golf, vous continuerez à jouer au golf. Si vous étiez pantouflard, vous ne serez sûrement pas de tous les 5 à 7.

Mais voici tout de même quelques réflexions et idées afin de vous aider à faire le point sur la faisabilité de vos projets de voyage à la retraite.

1. Séjourner plus longtemps

Le temps est un facteur important et on peut penser qu'à la retraite vous aurez le temps de voyager et de partir plus d'une semaine ou deux à la fois. Mais là encore, décrocher, ça s'apprend et tous n'ont pas cette facilité à tout laisser derrière eux pendant des semaines, voire des mois. Tenez-vous trop à votre petit confort, à votre train-train quotidien ou à vos effets personnels au point de devenir anxieux à l'idée de tout laisser derrière vous?

2. Partir quand on veut

En théorie, une fois à la retraite, on peut partir quand on veut. Une occasion rêvée pour profiter des soldes de dernière minute ou hors saison et d'éviter les périodes de grande affluence. Profiter de l'été à la campagne et partir à l'automne. Vivre le temps des Fêtes en famille et partir en hiver. C'est ce qu'on appelle avoir le meilleur des deux mondes.

3. Se laisser apprivoiser

Voyager, c'est d'abord et avant tout une façon de vivre. Prenez le temps de vous laisser apprivoiser. Il n'y a pas de recette miracle. On apprend à voyager sur le tas. Voyager, c'est une autre façon de vivre. Voyager, c'est aller à l'école de la vie. De là tout l'intérêt, sinon aussi bien rester à Balconville.

4. Gérer l'imprévu

Voyager de façon autonome vous apportera beaucoup de satisfaction. Mais même si vous avez tout prévu, ce sont les contretemps et vos rencontres imprévues qui marqueront vos voyages à l'étranger. Alors laissez place à l'imprévu. Prenez le risque de voyager et de découvrir le monde. Vous ne pourrez qu'en sortir gagnant et riche de mille et une expériences. Voyager est un risque calculé. Jusqu'où êtes-vous prêt à aller?

5. Planifier son périple

La façon de voyager fait toute la différence. Vous pouvez laisser à quelqu'un d'autre le soin d'organiser votre périple, quitte à en payer le prix, ou apprendre à voyager de façon autonome. À la retraite, vous aurez sûrement plus de temps pour planifier vos projets de voyage et les mener à terme. Faire un voyage sur mesure, à la mesure de vos aspirations et de vos attentes, voilà en soi un rêve. Une fois le billet d'avion en main, il n'en coûte souvent pas plus cher pour vivre à l'étranger que chez soi, dans la mesure où vous êtes prêt à vous adapter au mode de vie (nourriture, hébergement, transport) des habitants du pays hôte.

6. Voyager selon ses moyens

Quelle que soit votre situation financière, les revenus seront moins élevés à la retraite. Cette réalité pourrait en refroidir plus d'un lorsque vient le temps de concrétiser ses rêves de voyages. De là l'importance de considérer les options. Voyager selon vos moyens signifie que vous devrez faire un choix entre le confort tous azimuts et une option plus réaliste. Aller au Tibet, monter à bord du Transsibérien, remonter l'Amazone ou le Nil, parcourir la Patagonie, faire la Route de la soie et toutes ces destinations mythiques dont vous rêviez ne sont pas hors de portée si vous savez faire les choix qui s'imposent.

7. Repousser les limites

Il faut apprendre à repousser les frontières. Misez sur vos capacités d'adaptation. Vous pourriez graduellement passer des tout-inclus à voyageur autonome en Europe, en Australie ou en Nouvelle-Zélande. Vous pourriez ensuite pousser l'expérience plus loin et explorer les pays du Sud-Est asiatique avant de partir à la découverte de l'Afrique du Nord et du Proche-Orient. L'Amérique du Sud, la Chine, la Russie, l'Inde ou l'Afrique noire pourraient même faire partie de vos projets de voyage, l'idée étant d'apprendre à voyager de façon graduelle et sans heurts et de repousser peu à peu les frontières. Si vous pouvez voyager de façon autonome au Canada et aux États-Unis, vous pouvez en faire autant ailleurs.

8. Être en bonne forme physique

Peu importe la destination choisie ou la formule retenue, avoir la forme est un atout. Voyager est exigeant, surtout lorsqu'on décide de sortir des sentiers battus. Être actif dans la vie de tous les jours est certainement une valeur ajoutée. Sans penser pouvoir escalader les plus hauts sommets - un défi qu'on laissera aux experts - , on peut à tout le moins rêver de se rendre au camp de base du mont Everest à 5000 m d'altitude, visiter Angkor Wat ou Pétra à des températures autour de 40 degrés Celcius ou faire du trekking en Patagonie.

9. Voyager léger

Pour favoriser vos déplacements, vous aurez avantage à voyager avec le moins de bagages possible. Investir dans des vêtements légers et confortables n'est pas un luxe. Quelques vêtements de rechange, que l'on peut laver et faire sécher rapidement sur une corde à linge improvisée dans sa chambre d'hôtel, devraient répondre aux besoins du voyageur aguerri. Un t-shirt et un pantalon-jupe longue sont des passe-partout, quel que soit le milieu culturel dans lequel vous vous retrouverez.

10. Maximiser l'expérience

On gagne à bien planifier son voyage et à se renseigner sur le pays, histoire de maximiser son investissement et de choisir le bon moment pour partir. Vous pourrez faire coïncider votre voyage avec la tenue de célébrations hautes en couleur. Participer à la Fête des morts au début novembre dans la région du lac Pátzcuaro au Mexique, aux célébrations de la Semaine sainte à Antigua au Guatemala, au carnaval de Santiago à Cuba à la fin juillet ou à la fête des Chutillos à Potosi en Bolivie à la fin août seront autant de moments inoubliables.

COMMENTAIRE DE PHILOMAGE

Pour les retraités nostalgiques de voyage, je leur suggère d'investir dans un téléviseur Haute définition et de s'abonner à des postes de télévision de type documentaire comme National Geographic ou Évasion, d'aller voir des représentations d'IMAX, d'acheter des volumes illustrés sur les différents pays du monde ou encore acheter des DVD portant sur les voyages. C'est beaucoup moins cher et satisfaction garantie!

La raison principale, c'est la fragilité de la santé rendue à l'âge des seniors. On a beau vouloir se rendre n'importe où dans le monde, il reste que les conditions de vie, surtout sanitaires ne sont pas les mêmes qu'au Canada ou au Québec et les risques d'accrocher une maladie tropicale, une infection bactérienne, etc. sont toujours présentes dans les pays des Tropiques. Mieux vaut rester dans les pays nordiques ou se contenter des meilleurs hôtels pour minimiser ces risques. C'est beau l'aventure quand on est jeune, mais quand on prend de l'âge, mieux vaut être prudents si l'on veut en garder de bons souvenirs longtemps.

L'idéal pour les seniors, c'est le tourisme de proximité.

RD

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mardi, septembre 14, 2010

 

Québec : bilan du débat sur l'euthanasie 10 septembre 2010

Le débat sur l'euthanasie et le suicide assisté est relancé au Québec : des audiences publiques se tiennent du 7 au 10 septembre 2010 à Montréal auprès de la Commission spéciale sur la question de "mourir dans la dignité" créée en décembre 2009 (Cf. Synthèse de presse du 04/12/09).

Outre Montréal, la Commission, qui compte 15 membres issus des 4 partis politiques représentés au Parlement, consultera sept autres villes dont Québec. Parmi les thèmes abordés se trouvent : le refus de traitement, l'euthanasie, l'acharnement thérapeutique, l'arrêt de traitement, les soins palliatifs.

Les citoyens québécois se montrent très intéressés par cette réflexion. Le député Geoffrey Kelley, président de la Commission spéciale, rapporte que celle-ci a déjà reçu 230 mémoires et 60 demandes d'intervention avant le début des audiences. Près de 4000 Québécois ont également répondu à un questionnaire en ligne sur internet sur l'euthanasie et le suicide assisté.

La question de la relation médecin/patient a été plus particulièrement abordée lors de la deuxième journée d'audience le 8 septembre. Les partisans de l'euthanasie ont évoqué la montée des pratiques clandestines pour justifier une légalisation de celle-ci. Mais un grand nombre d'intervenants ont dit leur crainte de voir la profession médicale profondément dénaturée dans le cas d'une légalisation de l'euthanasie. Pour Joseph Ayoub, médecin en soins palliatifs au Centre hospitalier de l'Université McGill de Montréal, "si nous permettons la mort au patient, nous donnons en même temps au médecin le droit de tuer, créant du coup un effritement du rapport privilégié qui existe entre le patient et le médecin, dont la mission est de guérir, de soulager et surtout d'accompagner". Il explique que la solution demeure avant tout "dans l'approche palliative compétente, le respect, l'accompagnement et la tendresse envers ces personnes". Le médecin de famille François Lehmann a appuyé ces paroles en expliquant qu'aucune condition particulière ne justifie l'euthanasie et que les lois déjà en vigueur ne peuvent être changées en fonction de cas exceptionnels qui marquent l'imaginaire collectif : "le danger de dérive est grand. Nous devons réfléchir au phénomène dans son ensemble. Il y a aussi des récits incroyables où la vie triomphe, malgré tout". Pour l'infirmière Hélène Deutsch, "le raccourci vers la mort n'est pas une solution". Elle avertit que "les pressions économiques sur le système de santé, la détresse, la pauvreté, la peur, l'ignorance sont autant de facteurs qui pourraient créer un triste dérapage" en cas d'euthanasie légale.

Le ministre de la santé québécois Yves Bolduc s'est félicité de la qualité des soins palliatifs au Québec et a insisté sur la nécessité d'initiatives citoyennes pour le développement d'un réseau de maisons de soins palliatifs couvrant tout le territoire. Son ministère est prêt à investir si les communautés se prennent en main.

Une fois les audiences publiques terminées, la Commission spéciale sur la question de mourir dans la dignité rédigera un rapport qui sera soumis à l'Assemblée nationale.

RD

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Débat public sur l'euthanasie: «ma mort m'appartient»

Article de Sara Champagne, La Presse

Des témoignages tragiques et vibrants sont venus donner un autre ton au débat public sur l'euthanasie, qui s'est ouvert à Montréal.

Une famille a raconté comment Laurent Rouleau, atteint de sclérose en plaques, s'est battu en vain afin d'avoir de l'aide pour mourir avant de se tuer avec une arme à feu, en juin dernier. Et ce en toute connaissance de cause, a dit sa conjointe.

Une dame, qui mène une bataille sans espoir contre le syndrome dégénératif musculaire post-polio, aujourd'hui contrainte au fauteuil roulant, a pour sa part raconté à quel point elle se soucie davantage de sa qualité de vie que de sa prolongation. Elle projette ultimement de se rendre à Zurich accompagnée d'une amie afin de mettre fin à sa vie.

«Ma mort m'appartient, a dit avec aplomb Nicole Gladu, âgée de 65 ans, qui affirme que chaque souffle est pour elle un effort conscient. À défaut d'avoir notre mot à dire sur notre conception, point de départ de vie, j'estime que nous devrions assumer nos responsabilités jusqu'à la fin de celle-ci, notre mort, qui nous attend depuis notre naissance.»

La conjointe de Laurent Rouleau, Sylvie Coulombe, accompagnée de ses enfants, a pour sa part expliqué que son conjoint souffrait depuis 15 ans, et que pour lui il était hors de question de finir ses jours dans un carcan. «En plus de la douleur de l'âme, a-t-elle dit, il souffrait physiquement: spasmes incessants, nuits blanches, nausées et étourdissements. Et les effets secondaires des médicaments étaient insupportables», a-t-elle ajouté.

Après deux ans de démarches, et après avoir songé à se rendre en Suisse, là où le suicide assisté est légal, l'homme qui souffrait d'une maladie dégénérative a finalement mis fin à ses jours derrière sa maison. Il a attendu d'être certain de mourir avant de contacter le 911.

Sa famille a expliqué qu'il a dû passer par un processus légal, en plus de se soumettre à des consultations avec son médecin traitant et un psychiatre, avant d'obtenir le droit de refuser une chirurgie pour le maintenir en vie. Il est finalement mort au bout de 14 heures auprès de sa conjointe.

Tant Mme Gladu, qui dit avoir savouré chaque seconde de sa vie active, que la famille Rouleau, estiment qu'il faut décriminaliser le suicide assisté, en le balisant, et en privilégiant l'euthanasie médicale. Avec un testament biologique. Ils s'entendent aussi pour dire que les médecins devraient avoir un rôle à jouer. Et ils s'entendent pour dire qu'on ne peut pas former un médecin qui ne veut pas le faire par conscience. Ces témoignages tranchent avec le Conseil catholique de langue anglaise qui a livré un plaidoyer pour des meilleurs soins de vie, en écartant complètement l'euthanasie.

COMMENTAIRE DE PHILOMAGE

Pas besoin d'en dire plus!

RD

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dimanche, septembre 12, 2010

 

Québec préoccupé par le suicide chez les baby-boomers

La ministre des Aînés, Marguerite Blais, a avancé qu'un tel plan d'action gouvernemental pourrait suivre celui sur la maltraitance des aînés mis en place en juin.

Article de l'Agence QMI, Journal de Québec, 12 septembre 2010

Partageant les préoccupations des trois quarts des Québécois qui croient que le suicide chez les baby-boomers devrait être traité en priorité par le gouvernement, ce dernier songe à s'attaquer au problème en mettant en place un plan d'action gouvernemental, selon ce qu'a appris 24h.

En entrevue lors de la Journée mondiale de prévention du suicide, vendredi, la ministre des Aînés, Marguerite Blais, a avancé qu'un tel plan d'action gouvernemental pourrait suivre celui sur la maltraitance des aînés mis en place en juin.

« Sans promettre exactement quand elle sera implantée, c'est une mesure que nous pourrions envisager », indique-t-elle.

L'Association québécoise des retraités des secteurs public et parapublic (AQRP) a d'ailleurs dévoilé vendredi que 75 % des Québécois croient que la prévention du suicide chez les baby-boomers doit être priorisée, alors que le suicide chez cette clientèle a augmenté de 16 % en 10 ans.

Si en 1999, les personnes âgées de 50 ans et plus représentaient 27 % des décès par suicide au Québec, elles en représentent actuellement 41 %, et cette proportion continuera d'augmenter dans les prochaines années, prévient le président de l'AQRP, Luc Vallerand.

« Il faut agir maintenant, soutient-il. On a un besoin criant de campagnes de sensibilisation pour eux. Cette clientèle est plus dure à atteindre que celle des jeunes. Il faut donc aussi sensibiliser l'entourage de ces gens-là. »

M. Vallerand se dit heureux que le suicide ait reculé chez les autres groupes d'âge, mais croit que le Québec a sous-estimé la réalité du suicide chez les baby-boomers durant les années précédentes.

S'attarder à tous les groupes

Directeur général de l'Association québécoise de prévention du suicide, Bruno Marchand considère pour sa part qu'il est essentiel d'accorder de l'intérêt à tous les groupes d'âge.

« Si on priorise un groupe, on se fait taxer d'en négliger un autre. Ce qui influence la donne avant tout, c'est que la cohorte des baby-boomers a toujours eu un taux très élevé. C'est un groupe de population très nombreux », souligne-t-il.

Ce dernier évoque également l'importance que chaque Québécois se préoccupe de la question et se mobilise pour dénoter les signes de détresse.

Chaque jour, trois Québécois perdent la vie par suicide au Québec.

COMMENTAIRE DE PHILOMAGE

Difficile à comprendre pour les personnes heureuses et en harmonie avec les autres et la société, le suicide est un débouché pour les personnes qui ne voient pas le bout du tunnel. Le déclencheur, c'est une situation que l'on pense sans issue.

Une personne atteinte de dépression, vivant une maladie incurable ou en détresse face à la solitude,…. va chercher à s'en sortir par la grande porte, celle du suicide. Dans le cas des personnes âgées, cette solution est malheureusement trop prisée. Il faudrait utiliser des médicaments ciblés, avoir des personnes à portée de la main pour répondre à une urgence-suicide, faire campagne pour la promotion d'activités liées à la qualité de vie, et surtout, agir à temps.

Qu'est-ce qui amènent les gens à se suicider ? Une situation de détresse incomprise, la souffrance psychologique ou la douleur extrême, un désir de vengeance, une peine d'amour, la solitude face aux autres, la séparation de ses enfants après un divorce, des problèmes financiers liés à la drogue, au jeu et à l'alcool, voilà quelques exemples de prétextes suffisants pour s'enlever la vie.

Si l'on fait un plan d'action contre le suicide, il devrait s'adresser à tous les âges, parce que c'est tout l'entourage (proches, conjoints et conjointes, voisins, compagnons de travail, etc.) de la personne qui se suicide qui devront vivre avec ça. Les dommages collatéraux peuvent être multiples et difficiles à oublier, surtout si la personne qui se suicide nous culpabilise directement ou indirectement.

Il arrive souvent, comme je l'ai déjà vécu, que la personne qui a l'intention de se suicider n'en parle pas du tout ou presque et qu'un bon jour, bang! Il passe à l'acte. Dans l'exemple cité ici, la personne en question avait tout pour être heureuse : belle famille, 1 garçon, bonne situation professionnelle, bon salaire, etc. Et il s'est suicidé, sans en avoir parlé à personne, le jour de Noël. Incompréhensible, dites-vous? C'est certain! Alors, que faire et comment détecter ce mal de vivre et le sujet en proie à des délires de suicide? C'est une excellente idée de creuser la question et d'avoir un plan d'action pour contrer le suicide.

RD

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Alzheimer, l’intelligence artificielle en renfort

Article de l'agence QMI, Journal de Québec

SAGUENAY Une équipe de chercheurs de l'Université du Québec à Chicoutimi (UQAC) conçoit un prototype d'appartement alliant intelligence artificielle et domotique résidentielle. Cet appartement, dont le lancement est prévu pour la fin de l'hiver 2011, portera assistance aux personnes souffrant d'Alzheimer.

Cet appartement, dont le lancement est prévu pour la fin de l'hiver 2011, portera assistance aux personnes souffrant d'Alzheimer.

« Notre but est d'assurer le confort et la sécurité des personnes étant au stade précoce et modéré de la maladie. Nous croyons que le fruit de nos recherches augmentera leur mobilité et leur autonomie », a souligné Bruno Bouchard, professeur et chercheur au département d'informatique et mathématique.

Pour ce faire, l'équipe travaille dans un laboratoire sur les intelligences ambiantes afin de tester des algorithmes. « Ces algorithmes sont des formules qui permettent de commander des actions de la part d'appareils électroniques comme une cuisinière et de traiter l'information en provenance de capteurs pour en tirer de l'information », a-t-il expliqué.

Expérimentation

Pour expérimenter l'appartement intelligent, l'équipe de chercheurs invitera des personnes atteintes de l'Alzheimer. « Nous collaborons avec le centre Cléophas-Claveau à La Baie, qui nous propose de gens », a poursuivi M.Bouchard.

Il insiste sur une chose : il n'est pas question de faire à la place de la personne, mais bien de lui faire penser à agir.

Le système de domotique intégré dans l'appartement aidera d'une façon concrète les personnes souffrant de l'Alzheimer à réaliser des gestes quotidiens et assurera leur sécurité. Les exemples sont nombreux.

« Il percevra les chutes du malade, détectera lorsque ce dernier oubliera de fermer un rond de la cuisinière et l'assistera dans sa prise de médicaments et dans la préparation d'un repas grâce à un système de guidance vocale. »

Financement

Ces recherches ont un prix. À elles seules, les infrastructures du laboratoire nécessitent un investissement d'environ 550 000 $.

La construction du prototype d'appartement dans les murs de l'UQAC et son entretien en monopolisera 600 000 $ de plus.

Pour assurer sa réalisation, le projet bénéficie donc du support financier de la Fondation canadienne pour l'innovation (FCI), du ministère de l'Éducation, des Loisirs et du Sport, ainsi que de l'UQAC et ses partenaires.

Quatre chercheurs principaux travaillent dans ce laboratoire dont M. Bouchard et son collègue Abdenour Bouzouane, qui l'ont fondé en 2008.

Ces derniers agissent aussi en tant que gestionnaires du projet de recherche.

COMMENTAIRE DE PHILOMAGE

Il y a déjà plusieurs années de ça, on se demandait ce que l'on pourrait faire avec la domotique. Voici une application pratique qui devrait révolutionner bien des façons de faire courantes.

La perte d'autonomie et les handicaps liés au vieillissement sont susceptibles de créer un créneau de nouveaux produits manufacturés. En France, on procède actuellement à sensibiliser les manufacturiers français aux nouvelles opportunités d'affaires que ce marché va créer.

Ici, au Québec, on n'en entend pas parler. C'est à peine s'il existe quelques magasins spécialisés qui s'occupent des seniors. Pourtant, c'est un segment de marché qui est appelé à bouillonner d'activités et à rapporter très gros. Encore une fois, le Québec pourrait être un leader dans ce domaine, vu que sa population est vieillissante en accéléré et que la Province pourrait faire appel à cette clientèle plus ou moins captive pour mettre au point de nouveaux produits directement conçus et fabriqués pour eux.

Qui va passer le message à notre bon gouvernement d'en faire la promotion?

RD

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vendredi, septembre 10, 2010

 

La suite de la tournée québécoise sur l’euthanasie

Pour ou contre l'euthanasie?

C'est aujourd'hui que s'ouvre la grande tournée québécoise sur la délicate question de l'euthanasie. La Commission spéciale du gouvernement sur la question de mourir dans la dignité sera à Montréal toute la semaine, avant de s'arrêter à Trois Rivières puis à Québec. Des audiences sont ensuite prévues à Sherbrooke, Saint-Jérôme, Gatineau, à Rimouski et au Saguenay.

Sara Champagne , La Presse, le 7 septembre 2010

Photo Armand Trottier, archives La Presse

À la fin de la tournée québécoise sur l'euthanasie, qui s'amorce aujourd'hui à Montréal, un rapport sera déposé à l'Assemblée nationale. Attendue depuis deux ans, cette vaste consultation parlementaire soulève depuis son annonce un intérêt hors du commun. Un peu plus de 216 mémoires ont été déposés à Québec et, du nombre, 144 proviennent de citoyens. Jusqu'à maintenant, 65 demandes d'intervention par des citoyens ont été formulées. Et plus de 3529 personnes ont rempli le questionnaire proposé sur le site internet de la Commission.

La secrétaire de la Commission, Anik Laplante, explique que de mémoire il n'y a jamais eu un tel soulèvement pour une consultation. Et que d'habitude, la majorité des mémoires proviennent plutôt d'organismes. Le choix du député libéral Geoffrey Kelley pour présider la commission n'est par ailleurs pas étranger au fait qu'une grande partie des demandes d'intervention proviennent de la communauté anglophone.

Soins palliatifs dans la ligne de mire

À Montréal, une cinquantaine de personnes représentant organismes ou opinion personnelle prendront la parole, en plus des périodes de discussion. L'AFEAS Montréal-Laurentides-Outaouais sera du nombre, de même que l'Association des retraités des secteurs public et parapublic. Y prendront part également des représentants de conseils catholiques, du personnel soignant, des infirmières, des médecins et des professeurs.

Outre la délicate question du suicide assisté, légal dans certains pays d'Europe, la qualité et l'offre de services publics des soins palliatifs au Québec risquent d'occuper une grande part du débat.

Le chef du service des soins palliatifs au CHUM, le Dr Patrick Vinay, qui ne cache pas sa position contre l'euthanasie, estime qu'on met la «charrue avant les boeufs» en abordant ce débat. Selon lui, il faut mettre des énergies pour faire progresser les soins palliatifs à domicile, déficients au Québec. Actuellement, il n'y a que 600 lits en soins palliatifs au Québec, dont 13 au CHUM, où 400 personnes y finissent leurs jours chaque année.

«À l'heure actuelle, des patients de l'est de Montréal doivent être transférés dans des centres de l'Ouest parce qu'il n'y a pas les services, explique-t-il. Ceux qui sont chez nous sont chanceux, ils sont entourés, guidés pour apprivoiser la mort, faire leur deuil. Les gens ont droit aux soins adéquats. Et il est possible de le faire en accompagnant les malades et leur famille sans traumatiser celle-ci comme si elle revenait de la guerre.»

Tout ce débat sur la fin de vie a pris racine à l'automne 2008, quand le Collège des médecins du Québec a rendu public un rapport émanant d'un groupe de travail en éthique clinique. Les experts en étaient venus à la conclusion «que pour les médecins, la première chose à éviter est le déni. Qu'il faudrait reconnaître qu'il existe des situations exceptionnelles où l'euthanasie pourrait être considérée comme une étape ultime de soins et permettre aux médecins d'assumer leurs responsabilités dans ces situations.»

À la fin de la tournée québécoise, un rapport sera déposé à l'Assemblée nationale, dont les députés s'étaient prononcés à l'unanimité en faveur de la tenue de cette commission parlementaire, l'hiver dernier. Ce rapport pourrait offrir des pistes de solution afin de modifier la Loi sur la santé et les services sociaux en donnant à l'euthanasie, qui demeure néanmoins de compétence fédérale, le statut de soins de fin de vie.

Dans le milieu de la santé, les intervenants en faveur de l'euthanasie estiment que le pays pourrait s'inspirer de l'avortement, alors qu'avant d'être légalisé dans certaines circonstances, en 1969, on conseillait de ne pas poursuivre systématiquement les médecins qui le pratiquait.

Celui-ci pourrait amener une modification de la Loi sur la santé et les services sociaux en donnant à l'euthanasie le statut de soins de fin de vie.

RD

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Euthanasie et suicide assisté: Québec «devrait laisser tomber les poursuites»

Le Dr François Desbiens estime que la Commission parlementaire doit baser ses recommandations sur le rapport d'experts du Collège qui en en sont venus à la conclusion qu'il existe « des situations exceptionnelles où l'euthanasie pourrait être considérée comme une étape ultime de soins et permettre aux médecins d'assumer leurs responsabilités. »

Article de Sara Champagne, La Presse

Un professeur en médecine et un professeur émérite de la Faculté de droit de McGill estiment que le Québec devrait s'ouvrir à la possibilité de laisser tomber les poursuites criminelles en cas d'euthanasie ou de suicide assisté.

Selon eux, on pourrait s'inspirer de la Colombie-Britannique qui dans la foulée de l'affaire Sue Rodriguez, a émis une directive stipulant que dans certaines circonstances il n'y a pas lieu pour la province de déposer des poursuites.

Dr François Desbiens, professeur de médecine et candidat pour succéder au Dr Yves Lamontagne à la tête du Collège des médecins du Québec, a livré un témoignage très attendu en faveur de l'euthanasie, ce matin. Il estime que la Commission parlementaire doit baser ses recommandations sur le rapport d'experts du Collège qui en en sont venus à la conclusion qu'il existe « des situations exceptionnelles où l'euthanasie pourrait être considérée comme une étape ultime de soins et permettre aux médecins d'assumer leurs responsabilités. »

« Certains médecins craignent d'être poursuivis, il y a un malaise actuellement, a affirmé Dr François Desbiens. Pour sortir de notre ornière, il faut commencer par examiner l'avenue pour les procureurs de la province de ne pas intenter des poursuites. Le Québec est relativement en avance avec le reste du Canada grâce au nouveau code civil sur l'arrêt de traitement, mais les médecins pratiquent dans un contexte difficile. »

L'avocat Pierre Deschamps, spécialisé en droit privé et comparé, est allé dans le même sens en expliquant que ce ne sont pas tous les homicides qui méritent 25 ans de prison. «Tant qu'à ne pas avoir de mesure pour autoriser la mort assistée, une mesure pour ne pas encourager les poursuites seraient mieux que rien du tout. Ce serait arbitraire, on voit l'inconfort. Il faut se garder une petite gêne avant de permettre à quelqu'un de tuer quelqu'un, sauf qu'on a eu trois cas qui ont donné du fil à retordre à nos tribunaux »

M. Pierre Deschamps a fait référence au cas de Marielle Houle, accusée d'avoir encouragé son fils de 36 ans à se suicider, qui a finalement été condamnée à trois ans de probation sous conditions, en 2006. Il y aussi eu le cas de André Bergeron, accusé de tentative de meurtre sur sa conjointe, atteinte de l'ataxie de Friedreich, en 2006, dont l'accusation a été remplacée par une accusation d'aide au suicide.

Une douzaine de témoignages doivent être entendus aujourd'hui, lors de la dernière journée d'auditions à Montréal. Mais étant donné le flot de demandes d'interventions citoyennes, le président de la Commission, Geoffrey Kelly, a annoncé que d'autres audiences auraient lieu dans la région métropolitaine à la mi-octobre.

COMMENTAIRE DE PHILOMAGE

À défaut de faire amender les lois fédérales, il y aura toujours cette possibilité que le Procureur général de la Province ne poursuive pas un médecin qui aurait pratiqué l'euthanasie dans le cas d'une situation intenable. C'est une solution temporaire et évidemment un grand pas en avant en autorisant de faire une euthanasie dans des cas extrêmes. Ce serait aussi l'occasion de réviser les protocoles médicaux à observer dans ces situations. Ainsi, la concordance entre ce que doit ou ce qui peut être fait légalement par le médecin et la situation réelle vécue par le patient en fin de vie, enlèverait une grande partie des zones grises dans lesquelles les médecins se débattent actuellement.

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Euthanasie: Ottawa n'entend pas assouplir ses règles

Article de Hugo de Grandpré , La Presse

(Ottawa) Le gouvernement Harper reste sur ses positions: pas question de changer les règles en matière d'euthanasie ou de suicide assisté.

Au moment où la Commission parlementaire sur le droit de mourir dans la dignité bat son plein au Québec, le bureau du ministre fédéral de la Justice, Rob Nicholson, a mis les pendules à l'heure: « L'euthanasie et l'aide au suicide soulèvent des questions éthiques, juridiques et médicales dont plusieurs mettent en jeu des intérêts divergents », a noté hier Geneviève Breton, directrice des communications du ministre Nicholson.

« Bien que le gouvernement suive ces enjeux de près, aucune proposition de réforme n'est envisagée dans ce domaine du droit », a-t-elle tranché. Le ministre n'a pas accordé d'entrevue à La Presse.

La Commission, mise sur pied par le gouvernement du Québec en 2009, a entrepris ses audiences publiques mardi. Or, déjà, l'importance de la législation fédérale dans ce débat, plus particulièrement du Code criminel, a été évoquée.

Le Code criminel, en effet, interdit toujours l'euthanasie et l'aide au suicide. Ainsi, si au terme des activités de la Commission Québec décidait d'assouplir les règles sur son territoire, certains actes demeureraient criminels aux yeux d'Ottawa.

Pour contourner cet obstacle, le gouvernement québécois pourrait donner à ses procureurs des directives sur la manière d'interpréter les lois. « Les décisions de porter des accusations et d'engager des poursuites criminelles et pénales relèvent du Procureur général de chaque province », note d'ailleurs le document de consultation rendu public par la Commission.

Mais Michelle Giroux, professeure de droit à l'Université d'Ottawa, croit qu'il serait préférable que le gouvernement fédéral nuance les règles en vigueur, de manière à donner une meilleure marge de manoeuvre aux médecins.

« Sans nécessairement tomber dans la légalisation de l'euthanasie, on pourrait peut-être s'attarder à clarifier certains articles du Code au chapitre des pratiques générales, a analysé cette spécialiste de la bioéthique. Ça aiderait les médecins à administrer des soins palliatifs avec davantage de sérénité, sans crainte d'être poursuivis au criminel. »

Ses réflexions vont dans le même sens que celles du Collège des médecins du Québec, dont un rapport de 2008 a amené le gouvernement québécois à mettre la commission sur pied.

À la lumière de la position du gouvernement Harper et des résultats de récents votes à la Chambre des communes, cependant, ces amendements, aussi nuancés soient-ils, semblent loin d'être chose faite.

Rejet du projet de loi

Une majorité écrasante de députés fédéraux a en effet rejeté le projet de loi de la bloquiste Francine Lalonde, qui visait à empêcher qu'un médecin puisse être reconnu coupable d'un acte criminel pour avoir euthanasié un patient ou l'avoir aidé à se suicider, dans certaines circonstances.

Des députés du Parti libéral, du NPD et du Parti conservateur avaient notamment reproché au projet d'être trop flou, d'ouvrir la porte à des abus et de mettre en péril le caractère sacré de la vie.

Le projet de loi C-384 avait par ailleurs divisé les caucus de tous les partis, y compris celui du Bloc québécois, dont deux députés avaient voté contre, et celui du Parti conservateur, dont les ministres Josée Verner et Lawrence Cannon ont voté pour.

COMMENTAIRE DE PHILOMAGE

Le gouvernement fédéral est un gouvernement conservateur. Qui plus est : il est minoritaire et susceptible d'aller en élection peut-être même cet automne. Alors, quoi penser? Il m'apparaît clair que le débat doit continuer à tout prix. Il faudrait un Réformateur, comme Pierre E. Trudeau, au Pouvoir pour faire changer la Loi et je crois que M. Ignatieff du Parti libéral pourrait être ce personnage.

Rappelons ici qu'au début des années 70, M. Trudeau a eu le courage politique de décriminaliser le divorce et l'homosexualité en disant que l'État n'avait pas d'affaires dans la chambre à coucher des citoyens (ou quelque chose du genre).

Il faut aussi savoir que dans l'Ouest du pays, les mentalités sont encore largement teintées de la Droite conservatrice où les préceptes religieux dominent et régissent les actes des citoyens.

Nous, du Québec, avons eu notre Révolution Tranquille des années 60 et elle s'inspire de la Révolution française de 1789. Alors, laissons courir le débat! Il va certainement en ressortir du bon puisque, au Québec, nous avons l'habitude d'être avant-gardiste et réaliste. Il semble assez évident qu'il devra y avoir un ajustement aux lois touchant l'euthanasie et le suicide assistée. Même certains États américains en sont rendus là. Plusieurs pays européens comme la Suisse, l'Allemagne, les Pays-Bas et la Belgique ont procédé à des ajustements de leurs lois pour tenir compte des besoins exprimés par leurs mourants.

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Euthanasie: des médecins craignent des dérapages


Article de Sara Champagne, La Presse

Photo: Ivanoh Demers, La Presse

Le Dr François Desbiens estime que la Commission parlementaire doit baser ses recommandations sur le rapport d'experts du Collège qui en sont venus à la conclusion qu'il existe « des situations exceptionnelles où l'euthanasie pourrait être considérée comme une étape ultime de soins et permettre aux médecins d'assumer leurs responsabilités. »

Les dérapages possibles ont occupé une bonne part de la deuxième journée des débats de la Commission sur le droit de mourir dans la dignité, mercredi, à Montréal. Tandis que les tenants de l'euthanasie ont parlé de la montée de pratiques clandestines, les groupes qui s'y opposent ont prévenu que la légalisation ouvrirait la porte à des abus et à des injustices qui ne pourront être prévenues, même avec des balises.

La porte-parole de l'Association québécoise pour le droit de mourir dans la dignité, Hélène Bolduc, a affirmé que l'euthanasie clandestine n'est pas quantifiable, puisqu'elle est pratiquée dans le silence, mais que le phénomène est bien réel.

«Les moyens sont là, les médicaments sont en quantité suffisante à la maison et prescrits par les médecins, a expliqué Mme Bolduc. Ce qu'on entend dans le milieu, nous, ce sont des paroles du genre: «Moi, je vais me débrouiller en temps et lieu pour mettre fin à mes souffrances.»»

Mme Bolduc a aussi tracé un parallèle entre l'avortement et l'euthanasie pour étayer sa position: «Il ne nous viendrait pas à l'idée de demander à un prêtre de nous avorter. De même, il ne faut pas s'étonner si des médecins s'opposent à l'euthanasie.»

Dans la même veine, Sara Susan Raphals, une dame de 89 ans accompagnée de son fils, a soutenu qu'elle connaît six personnes, dont son mari, qui ont elles-mêmes mis fin à leur vie faute de moyen légal. «Mon mari souffrait affreusement de la maladie de Parkinson, a-t-elle raconté. Je ne peux pas le blâmer, il souffrait énormément. Il a pris des pilules pour dormir afin d'abréger ses souffrances. Il est question ici de dignité humaine, de responsabilité sur sa vie.»

« Il ne faut pas céder à l'émotion »

En après-midi, médecins, spécialistes et infirmières ont vivement plaidé contre toute forme d'euthanasie ou de suicide assisté. Le Dr Joseph Ayoub, oncologue et médecin en soins palliatifs au CHUM, a remis en question une enquête interne de la Fédération des médecins spécialistes (FMSQ) selon laquelle 75% de ses membres actifs sont en faveur de l'euthanasie. Il a signalé que seulement 20% (soit 2025 des 8717 membres) ont répondu au sondage.

Appuyé par la signature d'une centaine de médecins, le Dr Ayoub a soutenu que le « médecin a toujours le devoir de faire mourir la douleur, et non pas de faire mourir le patient. Il y a même la sédation palliative pour les pires douleurs. Mais avant tout, a-t-il ajouté, la solution demeure dans l'approche palliative compétente, le respect, l'accompagnement et la tendresse envers ces personnes. »

La Dre Caroline Girouard, oncologue à l'hôpital du Sacré-Coeur, a pour sa part déploré la «désinformation et la confusion» qui émanent des témoignages des gens touchés directement. Même si elle a fait face à de nombreuses demandes d'arrêt de traitement au cours de ses 17 ans de pratique, elle soutient qu'elle n'a jamais eu de demande ferme d'euthanasie.

«Il ne faut pas céder à l'émotion, a-t-elle prévenu. L'euthanasie peut être tragique, mais tragique dans le sens le plus négatif du terme.» Elle a ajouté que des analyses ont démontré que des euthanasies ont été pratiquées sans consentement aux Pays-Bas.

Son témoignage a donné lieu à un échange musclé avec le député de Mercier, Amir Khadir, qui a demandé aux professionnels si la « triple morphine, qui tue », ne serait pas de toute façon une forme d'euthanasie. Il a précisé que les sondages auprès des médecins et des spécialistes ont démontré, par une forte proportion, qu'une forme de mort assistée est déjà pratiquée dans les hôpitaux.

COMMENTAIRE DE PHILOMAGE

Il est évident dans ce débat de spécialistes que les protocoles médicaux face à diverses situations ne sont pas bien établies ou gérés. La marge de manœuvre du médecin n’est pas clairement définie et les besoins des patients sont analysés comme des faits divers qui doivent respecter la bonne conscience des bien-pensants. Un patient en fin de vie ou en phase terminale peut difficilement être perçu comme quelqu’un qui va échapper à la mort. Si c’est son souhait de mourir, avec le moins de souffrance ou de douleur possible, c’est son médecin qui doit l’aider dans ce sens et c’est là que la Loi doit être changée parce qu’il y a des cas où la situation est intenable pour le patient et le médecin doit être en mesure de lui procurer un soulagement même si le remède de cheval tue le patient. Ce sont les cas extrêmes qui posent vraiment problèmes.

RD

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mercredi, septembre 08, 2010

 

Faut-il faire travailler les seniors ?

En 1950, la planète comptait 200 millions de personnes âgées. En 2050, elles seront 2 milliards. Face à cette déferlante qui menace les équilibres économiques, que peuvent faire les gouvernements ?

Article d'Alain Antil

Démographie semble souvent rimer avec pessimisme. En effet, ces dernières années, les médias ont tantôt braqué les projecteurs sur l'explosion démographique dans les pays du Sud, tantôt agité le spectre d'une immigration massive, voire celui d'une humanité qui, à terme, ne pourrait plus être nourrie par la planète. Les travaux des démographes laissaient pourtant apparaître un autre défi, tout aussi alarmant : le vieillissement rapide de la population. Celui-ci affecte dès aujourd'hui non seulement les pays développés, mais également nombre de pays en développement.

Une humanité vieillissante

On estime aujourd'hui qu'en 2050, la population mondiale se situera entre 7,6 et 10,6 milliards d'habitants. Cela reste loin des prévisions catastrophistes des décennies précédentes. Néanmoins, il importe de noter que la croissance de la population sera concentrée sur quelques régions du monde, en particulier l'Afrique subsaharienne, qui devrait voir sa population doubler pour atteindre 1,5 milliard d'individus. Mais, à peine évanouie la crainte d'une expansion incontrôlable des populations, émerge un nouvel objet d'inquiétude. Lors du XXVe Congrès international de la population (Tours du 18 au 23 juillet 2005), les centaines de chercheurs réunis ont tiré la sonnette d'alarme, montrant que la population mondiale s'acheminait vers un vieillissement généralisé. Si cette tendance était déjà visible dans les pays développés, elle est désormais observable dans certains pays en développement (Chine, Inde…), et s'imposera comme une norme dans les prochaines décennies.

Le vieillissement de l'humanité est dû à la conjonction de deux phénomènes : l'allongement de la durée de la vie et la baisse de la fécondité. La conséquence en est d'ores et déjà connue : vers le milieu du XXe siècle, la population mondiale commencera vraisemblablement à décroître.

Aujourd'hui déjà, plus de la moitié des humains vivent dans un pays où le taux de fécondité est inférieur à 2,1 enfants par femme, c'est-à-dire au seuil de renouvellement des générations. Même si certains pays en développement, surtout en Afrique subsaharienne, affichent encore des taux supérieurs à 6 enfants par femme, jusqu'à 8 au Niger, cela ne suffira pas à inverser la tendance. Les pays développés se situent souvent bien en dessous de ce seuil. Ainsi, le Japon s'est transformé en « laboratoire du vieillissement » avec un taux de natalité de 1,3 enfant par femme. Les Etats de l'Union européenne (UE) affichent une natalité moyenne à peine plus enviable : 1,4 enfant par femme.

Certains pays connaîtront très vite une diminution de leur population, quand d'autres la maintiendront sensiblement en l'état. Par exemple, si les tendances démographiques enregistrées actuellement persistent, et abstraction faite du facteur migratoire, l'Espagne et l'Italie, qui présentent un taux de fécondité de 1,3 enfant par femme, auront perdu le quart de leur population en 2050. Si la population de la France métropolitaine augmentera légèrement dans les décennies à venir, passant de 61 millions aujourd'hui à 63 millions en 2025, c'est que les gouvernements qui se sont succédé ont su promulguer des politiques familiales généreuses, permettant de maintenir un taux de fécondité relativement élevé (1,9 enfant par femme) au regard des autres pays européens.

Des nouveaux pays industrialisés (NPI) asiatiques (Taiwan, Corée du Sud, Singapour…) et certains pays en développement connaissent également ces baisses de fécondité. La Chine, géant démographique, affiche ainsi un taux de 1,6 enfant par femme, résultant certes d'une politique volontariste de contrôle de la natalité. Plus préoccupant, comme le note Pierre le Hir (1), les pays en développement devront gérer un vieillissement de leurs populations beaucoup plus rapide que celui des pays développés. En Chine, il ne faudra que vingt ans pour que la proportion de personnes de plus de 65 ans passe de 8 % à 15 %, alors qu'il aura fallu un siècle pour que la France enregistre la même évolution. Lorsque l'on constate la difficulté de réformer les systèmes de retraite des pays développés, on peut mesurer les difficultés que vont devoir surmonter des nations comme la Chine ou l'Inde. Globalement, l'humanité, qui compte 10 % de plus de 60 ans actuellement, verra ce taux passer à 21 % à l'horizon 2040, contre 33 % dans les pays développés. En 1950, il y avait 200 millions de personnes âgées dans le monde. Il y en a 600 millions aujourd'hui, elles seront 2 milliards en 2050. Soit une multiplication par 10 en un siècle. Pour la première fois dans l'histoire de l'humanité, en 2050, les personnes âgées de plus de 60 ans seront plus nombreuses que les personnes de moins de 20 ans. La population espagnole sera alors la plus âgée du monde, avec un âge médian de 55 ans.

Cette évolution majeure de la démographie mondiale aura des incidences importantes sur de nombreux aspects de la vie en société : épargne, croissance économique, consommation, solidarité intergénérationnelle, dépenses de santé, marché de l'immobilier, fiscalité, marché du travail, régimes de retraite…, des pans entiers de nos existences risquent d'être bouleversés, et en premier lieu les systèmes de retraite.

L'immigration, moteur de croissance économique

L'Onu utilise le « rapport de soutien économique potentiel » – soit le nombre de personnes de 15 à 64 ans rapporté à une personne de 65 ans ou plus – pour évaluer la charge qu'auront à supporter les populations actives. Or pour l'ensemble du globe, cet indicateur est passé de 12 « actifs potentiels » pour une personne âgée en 1950 à 9 en 2000. L'Onu estime que cet indicateur avoisinera les 4 en 2050. Une telle évolution pèsera lourdement sur les régimes de retraite par répartition. Par exemple, en 2050, 33 % des Français auront 60 ans et plus, contre environ 20 % aujourd'hui. Selon Isabelle Robert-Bobée (2), cette tendance se traduira par une diminution relative des actifs puisqu'« en 2050, 69 habitants seraient âgés de 60 ans ou plus pour 100 habitants de 20 à 59 ans, soit deux fois plus qu'en 2005 ».

Le nombre d'inactifs va donc fortement augmenter tandis que, parallèlement, la population active connaîtra une augmentation moins importante. Si les tendances actuelles se maintenaient (notamment en termes d'immigration), la population active française devrait s'accroître de 700 000 personnes jusqu'en 2015, puis augmenter légèrement pour se stabiliser autour de 28,5 millions vers 2050. Si l'on considère l'évolution contrastée de ces deux populations – le ratio actifs/non-actifs –, la France ne comptera plus que 1,4 actif pour un inactif de plus de 60 ans en 2050, quand le ratio actuel est de 2,2.

Le cas français témoigne de la difficulté particulière des systèmes de retraite par répartition, dans lesquels les cotisations des actifs servent à financer les pensions des retraités. Toutefois, la question démographique ne touche pas seulement les régimes par répartition. Bruno Palier (3) démontre très clairement que les systèmes financés majoritairement par capitalisation, dans lesquels chacun prépare sa propre retraite, connaîtront aussi les effets du vieillissement. « Quand les fonds de pension vont devoir payer beaucoup de pensions aux générations nombreuses parties en retraite après 2010, ils vont devoir commencer à vendre leurs actifs (…). Les personnes en âge de travailler susceptibles d'acheter ces actifs seront quant à elles moins nombreuses. Cela va considérablement faire baisser la valeur de ces actifs, et va donc réduire la valeur du capital prévu pour les retraites et les ressources disponibles pour les retraités. »

Si l'on résume le problème du régime par répartition à une opposition cotisants/ retraités, cette situation conduit naturellement à trois types d'ajustement possibles : une diminution des prestations ; une augmentation des temps de cotisation pour retarder l'ouverture des droits à la pension à taux plein ; ou une augmentation du montant des cotisations et/ou des impôts. Si le coût des cotisations venait à augmenter, il entraînerait une hausse du coût du travail ou/et une stagnation des revenus des actifs.

Cependant, cette manière d'envisager les enjeux est réductrice. Il faut considérer la population active dans son ensemble et ne pas se contenter de l'aborder sous le seul angle de la durée d'activité des cotisants. Dans cette perspective, les États peuvent agir sur trois fronts.

• Fécondité. La taille de la population active pourrait à terme évoluer grâce à une augmentation de la fécondité. Cette dernière émane du maintien de politiques familiales favorables (crèches, avantages fiscaux divers, possibilité de travailler à mi-temps…), qui favorisent la création d'emplois, et permettent aux mères de concilier leur maternité avec une activité professionnelle. Elles pourraient à terme provoquer l'élévation du taux de fécondité, entraînant l'arrivée de générations d'actifs plus nombreuses… A l'avenir, puisqu'on sait qu'une augmentation du taux de fécondité ne trouve sa traduction dans la population active que vingt à vingt-cinq ans plus tard.

• Immigration. La population active dépend également des politiques migratoires. Si les Etats-Unis, le Canada, l'Espagne et la Grande-Bretagne ont délibérément opéré le choix d'une immigration soutenue, la France reste, pour des raisons politiques, sur sa position d'« immigration zéro ». Or certaines recherches démontrent que l'immigration est devenue l'un des moteurs de la croissance annuelle des pays qui ont opté pour cette option. Selon une étude récemment publiée par la banque Caixa de Catalunya (4), sans l'arrivée en Espagne de 3,3 millions d'immigrés de 1995 à 2005, le PIB par habitant aurait diminué de 0,64 % par an, au lieu de connaître un accroissement de 2,6 % par an. L'Espagne, qui a accueilli 3,3 millions d'étrangers en dix ans (contre 2,22 millions pour l'Allemagne, 1,9 pour l'Italie, 1,27 pour la Grande-Bretagne et 0,618 pour la France) a connu l'une des croissances les plus dynamiques de l'Europe des quinze. En effet, l'immigration permet de modifier l'équilibre cotisants/pensionnés, car les migrants sont très majoritairement des actifs. Au niveau de l'Europe des quinze, le PIB par habitant a crû de 1,79 % par an pendant la période 1995-2005, alors qu'il aurait diminué au rythme annuel de 0,23 % sans l'arrivée d'immigrants. Durant la période considérée, la population des quinze a gagné 15,7 millions de personnes, parmi lesquelles on compte près de 12 millions d'immigrants.

• Travail. Une autre façon d'intervenir sur la population active est évidemment d'augmenter le taux d'activité, c'est-à-dire d'adopter des séries de mesures opposées à celles prises durant les années 1980. En effet, pour lutter contre un chômage massif, les politiques publiques ont consisté à écarter un certain nombre de personnes du marché du travail (allongement des études, systèmes de préretraites, mesures incitant les femmes à rester au foyer…). Une dynamique inverse est tout à fait envisageable et laisse apparaître un réservoir d'actifs important. Un marché de l'emploi beaucoup plus ouvert pourrait conduire de nombreux jeunes à des stratégies de raccourcissement des études. De plus, le départ en retraite des baby-boomers va mécaniquement provoquer une embellie sur l'emploi. Il semble normal que le taux de chômage diminue alors que les classes qui partent en retraite sont plus nombreuses que celles qui arrivent sur le marché de l'emploi. Même si les autorités françaises en place tentent de s'en attribuer la paternité, la diminution actuelle du taux de chômage en France est surtout due à ce facteur. Si les chômeurs ne sont pas des « non-actifs » mais des « actifs inoccupés », leur retour à l'emploi ne provoque pas quantitativement d'augmentation de la population active. Néanmoins, leurs cotisations aux régimes de retraite restant négligeables, leur retour à l'emploi se traduirait par une augmentation du nombre de cotisants. Cependant, une partie des chômeurs sont aujourd'hui en rupture totale avec le marché du travail.

L'inadéquation entre l'offre et la demande de travail (inemployabilité de certains travailleurs, coût du travail…) laisse présager que l'embellie sur le marché de l'emploi dans les prochaines années ne se fera pas sentir sur une partie des demandeurs d'emploi – sachant que les analystes ne s'entendent pas sur les estimations.

Toutefois, ces éléments sur lesquels les États peuvent jouer ne pourront être que combinés aux réformes allongeant la période d'activité.

Dans l'ensemble des pays développés, le débat sur le travail des seniors est désormais largement engagé. Toutefois, les taux d'activité sont très inégaux d'un pays à l'autre. Si l'on considère en particulier le taux d'activité des travailleurs âgés de 55 à 64 ans, il oscille entre 24,1 % en Belgique et 66,5 % en Suède, témoins de politiques assez radicalement opposées. Globalement, les pays scandinaves et anglo-saxons se distinguent par des taux d'activité des seniors élevés par contraste avec l'Europe continentale.

Le travail des seniors, un débat de société

En Espagne, le gouvernement de José Luis Rodriguez Zapatero a proposé fin 2005 un plan incitatif pour convaincre les cotisants, y compris ceux qui pouvaient faire valoir une pension à taux plein, de reculer leur départ en retraite. Ces derniers pourraient alors partir avec une pension bonifiée de 2 % par année supplémentaire travaillée. En Allemagne, après que la réforme de 2004 a décalé l'âge de la retraite de 60 à 63 ans, des accords signés par la coalition politique CDU-CSU et SPD (5) fin 2005 prévoyaient de le repousser de nouveau à 65 ans à l'horizon 2012 et à 67 ans en 2035. Cela permettra de limiter les cotisations, qui représentent actuellement 19,9 % du salaire brut. Aujourd'hui, si l'âge de départ légal à la retraite dans les pays de l'OCDE est en général de 65 ans, l'âge effectif moyen de départ à la retraite est de 63,3 ans pour les hommes, de 61,74 ans pour les femmes. Il est de 58 ans en France, qui connaît l'un des taux d'emploi des 55-64 ans les plus bas des pays développés.

Le démographe et biologiste Shripad Tuljapurkar (6), de l'université de Stanford, estime qu'il est nécessaire que les sociétés s'adaptent rapidement à l'allongement de la vie. Car la révolution médicale en cours, bien loin de ralentir, devrait au contraire s'accélérer dans les prochaines décennies. Le chercheur pense que l'humanité, globalement, pourrait gagner vingt années d'espérance de vie d'ici au milieu du xxie siècle, ce qui compliquera à l'évidence la question des retraites. Si l'espérance de vie des pays développés avoisine les 90 ans en 2050, il pense qu'il sera insuffisant de vouloir faire travailler quelques années de plus les seniors. Il faudrait d'ores et déjà penser à travailler jusqu'à 75, voire 80 ans, car un homme de 65 ans aura alors entre vingt et trente années d'espérance de vie.

Ce recours au travail des seniors, s'il semble logique dans une société où les actifs seront de moins en moins nombreux par rapport aux non-actifs, ne va pas sans poser certaines questions. Il devra être accompagné par la mise en œuvre de politiques de sensibilisation puis d'incitation aux entreprises et aux salariés, ainsi que par une réflexion sur le type d'emploi à offrir. Prenons le cas de la France, pays qui a vu ces dernières années l'espérance de vie s'accroître de 3 mois chaque année. Deux facteurs semblent y obérer la mise en œuvre du principe du travail des seniors. D'une part, la moitié des employeurs français déclarent ne pas vouloir recruter de personnes de plus de 50 ans. A cela plusieurs raisons : un niveau d'étude plutôt plus faible que les générations suivantes ; une formation continue qui a laissé à désirer ; ces deux premiers facteurs débouchant, tout du moins dans la tête des employeurs, sur une moins grande adaptabilité. De plus, le haut niveau de chômage ne contraint pas encore les entreprises à recourir à cette main-d'œuvre. Le syndicat patronal Medef a d'ailleurs ouvert, depuis l'an dernier, des discussions avec les syndicats de travailleurs sur la question de la « gestion des âges ». D'autre part, les réticences viennent également des personnes concernées, car une part non négligeable d'entre elles déclarent avoir des problèmes de santé limitant leur capacité de travail.

La pénibilité du travail semble être un autre facteur limitant l'envie des seniors de prolonger leur carrière. Les travaux de sociologues et d'économistes (7) ont montré que l'intensification horaire, observée depuis le début des années 1980, avait contribué à dégrader les conditions de travail. Sur son site (8), l'économiste Philippe Askenazy affirme ainsi : « Depuis le début des années 1980, on a assisté à l'avènement d'un productivisme basé sur des pratiques "innovantes" : polyvalence, autonomie, démarches qualité, etc. Cette nouvelle configuration s'accompagne d'une montée en puissance du sentiment de pénibilité chez les travailleurs. Plus qu'un simple sentiment, les contraintes de rythme, d'horaire, physiques et mentales se conjuguent. En France, la fréquence d'accidents du travail ne diminue plus alors que les troubles musculo-squelettiques progressent exponentiellement. » Un rapport de la Darés (Direction de l'animation de la recherche, des études et des statistiques) de 2004 montrait que les conditions de travail des seniors, de même que celles des autres salariés, avaient empiré au cours des années 1990 (9).

Ces constatations doivent inviter à réfléchir sur le type d'emploi à offrir aux 55-64 ans, car les actifs français de plus de 55 ans travaillent moins fréquemment à temps partiel que leurs collègue de l'UE. B. Palier invite à réfléchir sur un autre aspect du problème. En effet, selon lui, la productivité du travail aura doublé en France d'ici 2040. « Se pose ici la question de la répartition du surplus de richesse engendré par les gains futurs de productivité, entre salaires nets, cotisations sociales dédiées aux revenus des retraités et revenus du capital (10). » Une question de société sur laquelle les dirigeants devront se prononcer...

NOTES

(1) P. Le Hir, « Moins féconde, vivant plus longtemps, l'humanité vieillit », Le Monde, 22 juillet 2005.
(2) I. Robert-Bobée, « Projections de population pour la France métropolitaine à l'horizon 2050 », Insee première, n° 1089, juillet 2006.
(3) B. Palier, La Réforme des retraites, Puf, coll. « Que sais-je ? », 2003.
(4) « Economia española y contexto international », Informe semestral, juillet 2006.
(5) Voir H. de Bresson et C. Chambraud, « Espagne, Allemagne et Royaume-Uni veulent retarder l'âge légal de la retraite au-delà de 65 ans », Le Monde, 20 novembre 2005.
(6) Voir « Travailler jusqu'à 80 ans ? Entretien avec Shripad Tuljapurkar », Le Monde, 4 juin 2006, et I. Pool, V. Prachuabmoh et S. Tuljapurkar (dir.), Population, Resources and Development: Riding the age waves, Springer, 2005.
(7) Voir P. Askenazy, Les Désordres du travail. Enquête sur le nouveau productivisme, Seuil, 2004, et M. Gollac et S. Volkoff, Les Conditions de travail, La Découverte, coll. « Repères », 2000.
(8) www2.CNRS. fr/presse/thema/265.htm
(9) Dares, « Les conditions de travail des seniors », n° 19-2, mai 2004.
(10) B. Palier, op. cit.

RD

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mardi, septembre 07, 2010

 

Ghislain Leblond: un visage sur le débat de l'euthanasie





Atteint d'une maladie dégénérative, Ghislain Leblond milite pour le droit de mourir dans la dignité.


PREMIER ARTICLE

Au moment de définir l'agonie, Ghislain Leblond a été explicite : « Elle représente le début d'un déclin qui peut être court ou très long dépendamment de la personne ».

Article de Jean-Marie Villeneuve, Le Soleil, 16 février 2010

Après les présentations des médecins du Québec traitant de définitions et d'autres notions techniques, l'arrivée de Ghislain Leblond à la Commission de la santé et des services sociaux sur le droit de mourir dans la dignité, a mis un visage sur le débat. «Ce n'est pas pour rien que je lutte pour la légalisation de l'euthanasie. Pour moi, un jour, ça pourrait être la solution la plus appropriée», a laissé tomber celui qui est atteint d'une forme rare de sclérose qui l'oblige à se déplacer en fauteuil roulant.

Un long silence s'en est suivi. L'atmosphère étant d'ailleurs empreinte de respect et d'empathie. C'est que la mort est encore taboue et la question si délicate. Ce que les membres de la Commission n'ont cessé de le souligner, lundi, lors de l'ouverture de la Commission.

Au moment de définir l'agonie, M. Leblond a d'ailleurs été explicite : «Elle représente le début d'un déclin qui peut être court ou très long dépendamment de la personne». Ainsi, l'euthanasie devrait être accessible à toute personne dont «le déclin irréversible de son état est devenu intolérable et risque d'entacher sa dignité», a-t-il exposé aux parlementaires, créant encore une fois une vague de sympathie pour celui dont la maladie fige progressivement ses membres.

Loin du suicide

Quand des patients évoquent leurs craintes face à leur fin de vie, ce n'est pas la douleur qu'ils craignent le plus, a ajouté Yvon Bureau, un autre membre actif de Collectif et ami de M. Leblond. « Ils craignent d'abord la perte de leur dignité, de leur personnalité, de leur identité et la crainte de devenir un poids pour leurs proches. »

Pour ces deux humanistes, il est en aucun cas question de suicide assisté. « C'est un acte violent pour le patient et ses proches. Nous ne pensons pas que ça fasse partie des soins de fin de vie à souhaiter », a confié M. Leblond. Et ce même après avoir répondu par l'affirmative au député de Québec solidaire Amir Khadir qui lui a demandé s'il avait déjà songé au suicide assisté. L'idée a vite été éclipsée.

Quant aux premières interventions, M. Leblond est satisfait. « Je pense que les bonnes questions ont été posées. Que les bons jalons ont été posés en ce sens de mettre la priorité sur la personne et que tout ça doit être géré par un processus et non pas sur une recette » a-t-il confié avant de quitter le salon rouge la tête haute et soulagé que les travaux soient enfin commencés.

DEUXIÈME ARTICLE

« Un collectif en faveur de l'euthanasie contrôlée »

Guillaume Poulin-Goyer, Le Journal de Saint-Bruno - 13 août 2010

Forcé à la retraite par une maladie neurodégénérative qui pourrait, à terme, le condamner à vivre avec toute sa tête dans un corps devenu momifié et inanimé, Ghislain Leblond milite pour le droit de mourir dans la dignité.

« Le scénario qui me terrorise, le scénario le plus probable pour moi, c'est de me retrouver totalement paralysé avec toutes mes facultés intellectuelles intactes », dit celui qui fait partie du collectif Mourir digne et libre. Il dit respecter la démarche de Nicole Charbonneau Barron d'organiser une tribune uniquement d'opposants à l'euthanasie. « J'aurais plus d'admiration pour l'entreprise si ceux qui sont pour l'euthanasie balisée et contrôlée avaient été invités au débat. Ça serait faire preuve de plus d'honnêteté intellectuelle », estime-t-il.

Son collectif prône la liberté de choisir en fonction de la condition physique et du système de valeurs de chacun. Il propose ainsi que l'aide médicale à mourir soit reconnue comme un soin en vertu de la loi de la santé du Québec.

L'euthanasie deviendrait un acte médical qui pourrait être appliqué uniquement si un patient majeur, lucide et atteint d'une maladie incurable ou douloureuse en formule une demande claire. Également, il devrait être informé par son médecin de toutes les options qui lui sont disponibles et de leurs conséquences et n'être sujet à aucune pression indue. Le médecin devrait obtenir un second avis. Une Commission d'état devrait s'assurer que toutes ces conditions soient respectées, ce qui éviterait tout glissement plus large, selon lui.

M. Leblond déplore la solution proposée par les opposants à l'euthanasie contrôlée que sont les soins palliatifs. Selon lui, certains patients sont en droit de les refuser. «Ce n'est pas tout le monde qui veut subir une agonie d'un an ou de deux ans parce qu'il est en soins palliatifs», lance-t-il. «Ils essaient de faire croire que les soins palliatifs sont une panacée, mais il y a certains pour qui on ne réussit pas à contrer la douleur, même avec les soins palliatifs. On fait quoi avec ces personnes-là?» demande-t-il.

Le collectif n'est ni en faveur de l'acharnement thérapeutique, ni en faveur du suicide assisté. Il est contre cette dernière option puisqu'il estime que seul le médecin devrait pouvoir accompagner un patient jusqu'à sa mort. «S'il n'est pas là, ça peut ne pas toujours bien se passer et donner lieu à une mort solitaire et difficile. Le médecin pourrait être là pour parer à toute éventualité», dit M. Leblond.

Également, permettre le suicide assisté forcerait selon lui certains patients à devancer leur décès pour être sûrs de partir pendant qu'ils en ont encore la force.

Il est toutefois en accord avec la proposition de refuser d'intenter des poursuites contre les personnes qui aident une autre à mourir, à l'instar de ce que fait la Colombie-Britannique.

COMMENTAIRE DE PHILOMAGE

L'auteur de ces lignes a eu le privilège de travailler comme professionnel au moment du bref passage de M. Leblond au Ministère de l'Industrie, du Commerce et de la Technologie en tant que sous-ministre en titre. M. Leblond était encore à même de se déplacer par ses propres moyens et ses déplacements passaient rarement inaperçus parce qu'il avait le plus souvent un pied enveloppé de bandage. Il était bien connu pour sa grande politesse et son respect des personnes avec qui il travaillait.

Pour moi, les meilleurs témoins à cette Commission spéciale « Mourir dans la dignité », seront certainement les personnes aux prises avec une maladie irréversible, handicapante ou terminale. Quand on est en bonne santé, quel que soit son âge ou son expérience des soins médicaux, on n'a pas idée de la position dans laquelle se trouve l'humain qui expérimente ces situations extrêmes.

Certains loustics diront que ça n'arrive qu'une fois dans la vie. D'autres se draperont dans la Religion et la moralité pour bien paraître aux yeux d'un public complaisant.

Il faut écouter attentivement les personnes qui sont rendus là, face à la mort et à la souffrance. Ce sont eux qui sont à même d'orienter ce débat de fond, en fonction de leurs désirs de disposer d'eux-mêmes, dans un cadre social attentif et protecteur de leurs droits.

Y-a-il des recettes à expérimenter pour rendre la fin de vie facile, sans souffrance ou douleur, voire même idyllique? C'est la question fondamentale à se poser : développer des protocoles médicaux appropriés en fonction du patient et de ses attentes.

RD

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