vendredi, septembre 10, 2010

 

Euthanasie: des médecins craignent des dérapages


Article de Sara Champagne, La Presse

Photo: Ivanoh Demers, La Presse

Le Dr François Desbiens estime que la Commission parlementaire doit baser ses recommandations sur le rapport d'experts du Collège qui en sont venus à la conclusion qu'il existe « des situations exceptionnelles où l'euthanasie pourrait être considérée comme une étape ultime de soins et permettre aux médecins d'assumer leurs responsabilités. »

Les dérapages possibles ont occupé une bonne part de la deuxième journée des débats de la Commission sur le droit de mourir dans la dignité, mercredi, à Montréal. Tandis que les tenants de l'euthanasie ont parlé de la montée de pratiques clandestines, les groupes qui s'y opposent ont prévenu que la légalisation ouvrirait la porte à des abus et à des injustices qui ne pourront être prévenues, même avec des balises.

La porte-parole de l'Association québécoise pour le droit de mourir dans la dignité, Hélène Bolduc, a affirmé que l'euthanasie clandestine n'est pas quantifiable, puisqu'elle est pratiquée dans le silence, mais que le phénomène est bien réel.

«Les moyens sont là, les médicaments sont en quantité suffisante à la maison et prescrits par les médecins, a expliqué Mme Bolduc. Ce qu'on entend dans le milieu, nous, ce sont des paroles du genre: «Moi, je vais me débrouiller en temps et lieu pour mettre fin à mes souffrances.»»

Mme Bolduc a aussi tracé un parallèle entre l'avortement et l'euthanasie pour étayer sa position: «Il ne nous viendrait pas à l'idée de demander à un prêtre de nous avorter. De même, il ne faut pas s'étonner si des médecins s'opposent à l'euthanasie.»

Dans la même veine, Sara Susan Raphals, une dame de 89 ans accompagnée de son fils, a soutenu qu'elle connaît six personnes, dont son mari, qui ont elles-mêmes mis fin à leur vie faute de moyen légal. «Mon mari souffrait affreusement de la maladie de Parkinson, a-t-elle raconté. Je ne peux pas le blâmer, il souffrait énormément. Il a pris des pilules pour dormir afin d'abréger ses souffrances. Il est question ici de dignité humaine, de responsabilité sur sa vie.»

« Il ne faut pas céder à l'émotion »

En après-midi, médecins, spécialistes et infirmières ont vivement plaidé contre toute forme d'euthanasie ou de suicide assisté. Le Dr Joseph Ayoub, oncologue et médecin en soins palliatifs au CHUM, a remis en question une enquête interne de la Fédération des médecins spécialistes (FMSQ) selon laquelle 75% de ses membres actifs sont en faveur de l'euthanasie. Il a signalé que seulement 20% (soit 2025 des 8717 membres) ont répondu au sondage.

Appuyé par la signature d'une centaine de médecins, le Dr Ayoub a soutenu que le « médecin a toujours le devoir de faire mourir la douleur, et non pas de faire mourir le patient. Il y a même la sédation palliative pour les pires douleurs. Mais avant tout, a-t-il ajouté, la solution demeure dans l'approche palliative compétente, le respect, l'accompagnement et la tendresse envers ces personnes. »

La Dre Caroline Girouard, oncologue à l'hôpital du Sacré-Coeur, a pour sa part déploré la «désinformation et la confusion» qui émanent des témoignages des gens touchés directement. Même si elle a fait face à de nombreuses demandes d'arrêt de traitement au cours de ses 17 ans de pratique, elle soutient qu'elle n'a jamais eu de demande ferme d'euthanasie.

«Il ne faut pas céder à l'émotion, a-t-elle prévenu. L'euthanasie peut être tragique, mais tragique dans le sens le plus négatif du terme.» Elle a ajouté que des analyses ont démontré que des euthanasies ont été pratiquées sans consentement aux Pays-Bas.

Son témoignage a donné lieu à un échange musclé avec le député de Mercier, Amir Khadir, qui a demandé aux professionnels si la « triple morphine, qui tue », ne serait pas de toute façon une forme d'euthanasie. Il a précisé que les sondages auprès des médecins et des spécialistes ont démontré, par une forte proportion, qu'une forme de mort assistée est déjà pratiquée dans les hôpitaux.

COMMENTAIRE DE PHILOMAGE

Il est évident dans ce débat de spécialistes que les protocoles médicaux face à diverses situations ne sont pas bien établies ou gérés. La marge de manœuvre du médecin n’est pas clairement définie et les besoins des patients sont analysés comme des faits divers qui doivent respecter la bonne conscience des bien-pensants. Un patient en fin de vie ou en phase terminale peut difficilement être perçu comme quelqu’un qui va échapper à la mort. Si c’est son souhait de mourir, avec le moins de souffrance ou de douleur possible, c’est son médecin qui doit l’aider dans ce sens et c’est là que la Loi doit être changée parce qu’il y a des cas où la situation est intenable pour le patient et le médecin doit être en mesure de lui procurer un soulagement même si le remède de cheval tue le patient. Ce sont les cas extrêmes qui posent vraiment problèmes.

RD

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