mercredi, novembre 04, 2009

 

Pour ou contre l’euthanasie?

Le Collège des médecins du Québec met des bémols.

Contrairement aux fédérations des médecins spécialistes et d'omnipraticiens, le Collège des médecins ne prend pas clairement position en faveur de l'euthanasie.

Mail il ne prend pas non plus position contre. Dans un document rendu public le 3 novembre 2009, il affirme que la question ne se pose pas en termes de « pour ou contre l'euthanasie », mais en termes de dispensation des « soins appropriés en fin de vie ».

Antérieurement, le Collège des médecins avait mis sur pied un groupe de travail en éthique clinique. Vous pouvez obtenir copie de leur Rapport déposé en 2008 et intitulé « Pour des soins appropriés au début, tout au long et en fin de vie » en cliquant ICI.

« Ces questions, on ne peut pas les trancher facilement et rapidement, et certainement pas en essayant de répondre simplement à la question : êtes-vous pour ou contre l'euthanasie? », a dit en conférence de presse le docteur Yves Robert, secrétaire du Collège des médecins.

Mauvaise question

« Pour nous, c'est une mauvaise façon de poser le problème; c'est la mauvaise question et ça risque de nous amener inévitablement à des mauvaises réponses», a-t-il ajouté.

Le Collège estime qu'il serait quand même opportun d'ajuster le cadre législatif, mais pour mieux encadrer ces soins en fin de vie et encadrer le processus décisionnel. « Ce n'est pas la fin du débat. C'est le début d'un débat, mais qu'on souhaiterait être davantage serein, non militant, non confrontant, a commenté le Dr Robert.

Le Collège propose en fait de poursuivre plus loin la réflexion, avec l'Ordre des infirmières, le Barreau, le Conseil pour la protection des malades et d'autres parties intéressées.

Diversité des cas

Il affirme aussi que les projets de loi déposés jusqu'ici, de même que le statu quo, ne tiennent pas compte de la diversité des cas qui se présentent en médicine. Le spectre peut aller, en effet, de l'acharnement thérapeutique au suicide assisté, en passant par l'allégement des souffrances chez un malade dont la fin est imminente et inévitable.

« Le rôle de la médecine, ce n'est pas de tuer du monde », a lancé le docteur Yves Lamontagne, président directeur-général du Collège des médecins. « Et le médecin, quel qu'il soit, où qu'il soit, son rôle, c'est bien clair, et il le sait et il le fait , c'est d'essayer de traiter le malade le mieux possible », a-t-il ajouté.

Source : Journal de Québec, 4 novembre 2009

Le Rapport du groupe de travail en éthique clinique intitulé « Pour des soins appropriés
au début, tout au long et en fin de vie » et déposé au Conseil d’administration du Collège des médecins du Québec le 17 octobre 2008 avance ce qui suit sur la question de l'euthanasie :

La question de l’euthanasie

« L’euthanasie soulève évidemment un problème moral particulier et, dans l’état actuel du droit, un problème légal qu’il ne faut pas négliger. Toutefois, nous pensons qu’il est possible d’aborder ces problèmes dans la même perspective.

Une nouvelle sensibilité est clairement perceptible aussi bien chez les médecins que dans la population, voulant qu’il existe des situations exceptionnelles où l’euthanasie pourrait être considérée, par les patients ou leurs proches et par les médecins et les autres soignants, comme une étape ultime, nécessaire pour assurer jusqu’à la fin des soins palliatifs de qualité. Selon nous, cette sensibilité n’est pas nécessairement étrangère à l’esprit qui anime l’ensemble du Code de déontologie des médecins du Québec et en particulier l’article 58, ainsi qu’à l’ensemble des dispositions du Code civil concernant les soins, au contraire.

Pour les médecins et les représentants que nous sommes, la première chose à éviter en cette matière est le déni. Il faudrait reconnaître qu’il existe des situations exceptionnelles où l’euthanasie pourrait être considérée comme une étape ultime de soins et permettre aux médecins d’assumer leurs responsabilités dans ces situations. Même si l’on doit faire toutes les distinctions qui s’imposent (entre l’arrêt de traitement, le soulagement de la douleur et l’euthanasie, entre l’euthanasie et le suicide assisté), la question de l’euthanasie doit être replacée dans le cadre des soins appropriés en fin de vie. Cette perspective permettrait de parler ouvertement de tous les choix qui s’offrent en fin de vie et de préciser les responsabilités de chacun à cet égard. Bref, si l’euthanasie doit être permise, c’est certainement à titre d’acte médical qu’elle devrait l’être.

Il ne revient pas aux médecins de préciser comment cette ouverture, sociale et morale, pourrait avoir son pendant sur le plan législatif et administratif. Toutefois, nous aimerions rappeler ici l’importance du processus décisionnel pour l’encadrement des soins. D’autant plus que ce n’est pas dans cette direction que s’oriente présentement le débat sur l’euthanasie. Ni le statu quo, ni les projets de loi déposés au parlement canadien ne tiennent vraiment compte de la diversité des situations cliniques, de la complexité du processus décisionnel menant à des soins appropriés et du rôle actif que doivent y jouer les médecins. Alors que le statu quo menace les médecins de sanctions criminelles, les projets de loi ont comme conséquence prévisible, sinon intentionnelle, de les confiner au rôle de simples exécutants. Nous invitons donc les instances responsables à poursuive leurs efforts visant à mieux encadrer le processus décisionnel dans le domaine des soins et à relancer le débat sur l’euthanasie dans cette direction. Une possibilité serait de créer une exception à la loi criminelle uniquement lorsqu’il s’agit de soins de fin de vie et de référer pour ces cas aux dispositions légales qui s’appliquent à ceux-ci.

En somme, il est important de mieux comprendre le processus décisionnel menant à des soins appropriés, parce que plusieurs réponses à des questions difficiles s’y trouvent. L’analyse que nous proposons permet d’apporter à la question des désaccords quant à des traitements vitaux, une réponse acceptable pour tous les acteurs, nous semble-t-il. Elle permet de relancer le débat sur l’euthanasie dans une direction qui lui convient mieux : celle des soins appropriés en fin de vie. En plus des problèmes abordés, d’autres problèmes mériteraient sûrement d’être analysés dans une telle perspective : le problème des césariennes sur demande par exemple, ou encore le problème de l’avortement, sa décriminalisation étant loin d’avoir clos le débat. »

RD

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