lundi, février 22, 2010

 

Audiences sur l’euthanasie - Québec


La Commission change de nom

Journaliste : Valérie Gaudreau, le Soleil

La Commission sur la question du droit de mourir dans la dignité change de nom. Oubliez « le droit de mourir », les parlementaires rebaptisent les travaux « Commission spéciale sur la question de mourir dans la dignité ».

Le mot droit supprimé du titre. Anodin? Rien n'est moins sûr tant cette décision illustre les profonds questionnements qui ont ponctué la première semaine d'audiences de cette Commission qui reprendra les 8 et 9 mars prochains.

En quatre jours, les parlementaires ont écouté une vingtaine d'experts venus se prononcer sur une éventuelle légalisation de l'euthanasie et du suicide assisté. « Nous avons décidé de changer de nom, car notre objectif est de garder le mandat le plus neutre possible, mais aussi de se faire comprendre par tout le monde », a indiqué au Soleil le président de la Commission, le député libéral de Jacques-Cartier, Geoffrey Kelley.

Pourquoi ne pas avoir inclus les mots euthanasie et suicide assisté dans le titre de la Commission ? Parce que les audiences touchent toutes les facettes de la « fin de vie », estiment les élus membres de la Commission de la santé et des services sociaux.

Il faut dire que certaines intervenants, dont l'éthicien Bernard Keating et la psychologue Isabelle Marcoux ont souligné que l'usage du mot droit n'était pas neutre, car il laissait entendre qu'il était présentement impossible de mourir dans la dignité au Québec.

Ce libellé, estimaient-ils aussi, laissait sous-entendre un préjugé favorable à l'euthanasie. Comme si légaliser cette pratique était la seule façon de permettre aux personnes malades de mourir dans la dignité. « On veut rassurer le monde qu'on ne part pas avec les conclusions déjà tirées, loin de là! » s'est défendu le député Kelley.

Appelé à dresser un bilan de cette semaine d'audiences, ce dernier en souligne le caractère complexe, mais très humain. Rarement, des questions aussi fondamentales que la vie, la mort sont discutées aussi intensivement au Parlement. « C'est une expérience très enrichissante. Nous sommes très impressionnés par la qualité des réflexions sur tout ce qui entoure la mort, l'euthanasie », ajoute celui qui a vu défiler médecins, infirmières, théoriciens et éthiciens qui ont tous apporté un éclairage sur cette délicate question. Et qui ont rappelé cent fois plutôt qu'une l'importance de bien définir les termes. Qu'entend-on par dignité? La sédation palliative est-elle synonyme d'euthanasie? Parle-t-on de suicide assisté?

L'exercice s'est avéré bien théorique, voire purement sémantique par moments, mais il est essentiel de bien savoir de quoi on parle avant de se présenter devant la population, croit M. Kelly. « Ce sont des concepts importants, et nous avons le grand défi de cerner les enjeux avant d'aller consulter la population », dit-il.

Les audiences se poursuivront les 8 et 9 mars prochains et ont pour objectif de préparer un cahier de réflexion qui sera envoyé à tous les Québécois au printemps 2010 en vue d'une consultation publique à la fin de l'été. Une telle commission ne débouchera pas vers un changement du Code criminel, puisqu'il relève du gouvernement fédéral. Mais l'exercice permettra éventuellement de dégager une position officielle du Québec sur la question de l'euthanasie déjà légalisée dans certains pays, comme la Belgique et les Pays-Bas.

RD

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