mardi, février 23, 2010

 

Les aînés au boulot : liberté 75 à l’avenir.

Journaliste : Sophie Cousineau, La Presse Affaires, 20 février 2010


La tendance démographique est lourde. D'ici 2013, plus de Québécois sortiront du marché du travail que de jeunes et d'immigrants grossiront les rangs des 15 à 64 ans.

En fait, la population active a peut-être déjà rapetissé si l'on considère que les Québécois prennent leur retraite vers 60 ans (en 2008, âge moyen de la retraite dans la fonction publique = 58,3 ans, âge moyen de la retraite dans le secteur privé = 61,5 ans et âge moyen pour les travailleurs autonomes = 63,6 ans), note l'économiste Mathieu Laberge, coauteur avec Claude Castonguay du rapport La longévité : une richesse, publié en janvier 2010.

Cette réalité bien immédiate annonce de mauvais lendemains. La croissance économique est étroitement liée à celle de la population active. Qui dit décroissance, dit appauvrissement. « Avec 4 600 000 (???) départs à la retraite, nous avons 550 000 emplois à combler d'ici trois ans. C'est un grand défi », dit Sam Hamad, ministre du Travail, de l'Emploi et de la Solidarité sociale.

Le vieillissement rapide du Québec mettra à rude épreuve ses finances publiques, déjà malmenées par la récession. Alors que les rentrées de fond chutent, les charges sociales explosent.

Le Québec n'est pas seul à faire face au vieillissement. Pour venir à bout des déficits structurels récurrents qui s'annoncent, plusieurs gouvernements ont commencé à relever l'âge légal de la retraite, pour reporter le paiement des pensions publiques.

L'Espagne est le dernier pays à avoir annoncé son intention de repousser l'âge de la retraite, de 65 à 67 ans d'ici 2024. La France y songe aussi. Ils rejoindraient l'Allemagne, le Danemark, la Norvège et les Pays-Bas, tous en chemin vers la retraite à 67 ans, de même que la Grande-Bretagne, dont l'âge de la retraite grimpera à 68 ans d'ici 2046.

Au Québec, il n'a jamais été question de toucher à l'âge de la retraite, indique le ministre Hamad. « Il faut s'assurer que, sur une base volontaire, les gens travaillent le plus longtemps possible», dit-il. Il y a beaucoup à faire. En s'en allant à 60,2 en moyenne, les Québécois se retirent cinq ans avant le moment prévu. C'est deux années plus tôt que les Canadiens qui quittent le marché du travail à 61,9 ans, en moyenne. Selon Mathieu Laberge, cette différence s'explique par le fait que de nombreux Québécois jouissent de régimes de retraite privés qui permettent une retraite anticipée sans de grandes pénalités.

C'est patent dans la Fonction publique, où l'âge moyen de la retraite est de 58,3 ans contre 61,5 ans au privé, selon l'Institut de la Statistique du Québec. « Le gouvernement est celui qui prêche le plus et qui en fait le moins », note l'actuaire Michel St-Germain, partenaire international de la firme Mercer.

Par exemple, les employés du gouvernement ne sont pas admissibles au nouveau programme québécois de retraite progressive. Ce programme vise à maintenir en emploi les travailleurs de 55 ans et plus, qui peuvent recevoir jusqu'à 60 % de leur rente de retraite un revenu pour leur travail à temps partiel. Cela pourrait changer avec le prochain contrat de travail, laisse toutefois entendre Sam Hamad, en refusant néanmoins de commenter les négociations en cours.

« Il faut essayer la carotte avant le bâton, dit Luc Godbout, professeur de fiscalité à l'Université de Sherbrooke. Mais cette idée de travailleur plus tard est difficile à vendre, parce que les gens l'associent aux travaux forcés. »¸

Une étude réalisée par r Statistique Canada entre 1992 et 2002 révèle pourtant que 12 % des nouveaux retraités seraient restés en poste s'ils n'avaient pas été forcés de partir. Depuis 18 mois, Québec a mis en place des assouplissements comme la retraite progressive et des mesures incitatives comme une légère bonification de la rente versée par la RRQ, qui équivaut à environ 80 $ par année. Mais il faudra faire plus pour convaincre les retraités que le gouvernement ne reprend pas d'une main ce qu'il donne de l'autre.

« La société nous met les bâtons dans les roues, juge Robert Losson, boulanger de 79 ans en recherche d'emploi. J'ai payé des impôts toute ma vie. À l'âge que j'ai, je ne devrais plus avoir à en payer autant. »

Commentaire de Philomage

Il est étonnant que l'on reporte tout le poids du vieillissement accéléré de la population du Québec sur les Seniors qui vont prendre ou ont déjà pris leur retraite. Il est connu depuis des dizaines d'années que la faible natalité au Québec des années 70 et 80 allait avoir des répercussions catastrophiques sur le marché du travail. Pourtant, ce n'est qu'à l'aube du désastre prévu débuter en 2013 que l'on songe à changer les conditions des travailleurs pour qu'ils restent plus longtemps au travail.

Il ne faut pas oublier que ce sont les baby-boomers qui se sont instruits (un très grand nombre à leur frais) et qui ont construit le Québec Moderne. Quand arrive le temps de prendre un repos bien mérité, on veut les remettre au travail, à tout le moins retarder l'heure de la retraite. Que l'on retarde la retraite de deux ans ou de quelques années de plus, il n'en reste pas moins que tout ce beau monde se retrouvera inévitablement à la retraite. Alors que faire? On aurait dû depuis longtemps mettre en place des politiques natalistes, avec un bilan favorisant le renouvellement des générations. Cette solution de retarder l'âge de la retraite n'est qu'une panacée, rien de plus. Le vieillissement suivra son cours et on devra faire avec.

Une première grande constatation : pour une fois, ce seront les travailleurs qui auront le dessus sur les employeurs et qui détermineront leurs conditions de travail. Un juste retour des choses après tout! Et probablement, un début de solution tant pour les jeunes que pour les aînés.

RD

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