vendredi, juin 25, 2010

 

Belle fin de carrière pour une brigadière

UNE HISTOIRE QUI FINIT BIEN POUR UNE FUTURE RETRAITÉE.

Article de Silvia Galipeau, La Presse

Photo André Pichette, La Presse

C'est une fin des classes bien particulière pour Marie Jeanne Gaudette, cette année. Hier, les fleurs, les cadeaux, les dessins, même les larmes étaient au rendez-vous. C'est que Marie, alias Marie-Bonbons, la brigadière la plus populaire du quartier, prend cette année sa retraite.

Après 20 années à faire traverser les enfants au même coin de rue, angle Berri et Roy, dans le Plateau, elle a décidé enfin de... s'asseoir !

«Oui, bien sûr, je vais m'asseoir. Mais vous savez, c'est incroyable, émouvant, se sentir aimée comme ça. Les gens ont été tellement charmants avec moi, c'est extraordinaire.»

Hier matin, la conversation a été interrompue par une foule de passants, des habitués du quartier, tous venus lui rendre hommage. «Bon été, Marie !» «C'est aujourd'hui ton dernier jour ?» «Au revoir, madame !»

Certains avaient préparé des dessins, des cadeaux, des marguerites. Et elle, fidèle à son habitude, distribuait des bonbons à «ses» enfants comme cadeau de fin d'année. Religieusement, comme à l'Halloween ou à Noël, comme par magie, elle sort (d'où, d'ailleurs, sort-elle tous ces bonbons ?) une gâterie de derrière son dos et ensoleille la journée d'un enfant. Ne vous demandez pas, après, pourquoi ils veulent tous faire le détour par son coin de rue...

C'est en décembre 1991 que la dame, dont le mari vient alors de perdre son emploi, décide de devenir brigadière. «Parce que j'adore les enfants», dit-elle. Depuis, beau temps, mauvais temps, elle se lève à 5h. Tous les matins. D'août à juin. Un peu moins d'une heure plus tard, elle se rend à l'école au Pied-de-la-Montagne, se préparer. Puis, de 7h30 à 8h45, elle fait traverser les enfants, ici, au coin nord-est de la rue.

Pendant près de 10 ans, avec quatre autres brigadiers, elle a aussi passé ses journées à l'école pour donner «un coup de main» : faire des casse-tête avec les enfants, couvrir des livres, aider où elle pouvait en attendant le quart du midi, de 11h à 13h, et celui de l'après-midi, de 15h à 15h45.

Bouleversements

Les premières années, les enfants étaient nombreux à traverser la rue avec Marie. «Jusqu'à 20 ou 25 tous les matins», se souvient-elle. Maintenant, elle en compte à peine 15. «Et le midi, il n'y en a pratiquement plus.»

«D'année en année, il y a eu plusieurs déménagements, on a fermé une école, explique-t-elle. Le midi et le soir, beaucoup d'enfants restent au service de garde, maintenant.»

Par contre, les nouveau-nés, ça, ça ne manque pas. Qui a dit que les Québécois ne font plus de bébés ? demande-t-elle. Marie est un témoin de première ligne du mini-baby-boom actuel. «Plus les années avancent, et plus je vois des poussettes !»

Il faut dire que la brigadière a été témoin de plusieurs bouleversements dans le quartier. L'embourgeoisement du coin, par exemple. Mais ça ne change rien pour elle. «Parce que, ici, il y a deux écoles, une plus à l'aise, une moins à l'aise. Et avec moi, tout le monde a toujours été à l'aise.»

Et les enfants, eux, en 20 ans, ont-ils changé ? «Je les trouve plus gâtés.» Au sens positif du terme, nuance-t-elle : pas gâtés pourris, mais plus écoutés. «Les parents sont plus patients, je trouve qu'ils leur donnent plus d'attention.» Elle montre le parc, de l'autre côté de la rue. «Vous voyez la dame, là-bas, avec ses trois enfants ? Elle vient ici tous les matins, au parc, avant d'aller à la garderie. C'est ce que je veux dire : les parents donnent plus d'attention à leurs enfants, aujourd'hui.»

Quant à elle, «elle a toujours été fidèle au poste», commente une passante, Agathe Sauvé, médecin de famille dont la clinique se trouve un peu plus haut, rue Roy. Marie a «traversé» sa fille, puis son petit-fils, pendant des années. «Marie, c'est comme une figure de village», résume-t-elle, visiblement émue. Une figure du village qui s'en va...

RD

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