mercredi, juin 16, 2010

 

Dénoncer l’abus envers les aînés du Québec

Le mois des aînés est l'occasion pour les organismes de soutien aux personnes âgées de faire campagne pour lutter contre les abus et la violence envers les aînés.

(Article de Dominique Hardy, journal de Québec, 16 juin 2010)

Les liens créés entre les CLSC, les organismes communautaires et les policiers aident les personnes âgées victimes d'abus à sortir du silence et à contrer ce phénomène insidieux.

La Journée internationale de sensibilisation contre l'abus envers les aînés, qui se déroulait hier, rappelle que cette violence fait plusieurs victimes et que ces dernières n'osent pas dénoncer leur abuseur.

« Les gens ne dénoncent pas par peur du système judiciaire », explique le coordonnateur du plan régional pour contrer la maltraitance envers les aînés pour la région de Québec, Robert Simard. « Compte tenu que l'abuseur est un membre de la famille, la victime ne veut pas que son enfant aille en prison. »

Formés à dépister

Parmi les actions qui seront posées cette année, les intervenants hors réseau, soit les personnes en charge de résidences privées ou encore les bénévoles, seront formés pour dépister les signes d'abus dont sont victimes les aînés. Le réseautage entre les différents organismes sera aussi développé. Les institutions financières feront dorénavant partie des tables de concertation, car elles veulent développer des mécanismes pour contrer l'abus financier.

Lien de confiance avec les policiers

Outre la répression, les policiers ont un rôle à jouer afin de briser le silence d'une personne âgée victime de violence. « C'est important pour nous de créer des liens avec les CLSC et les organismes communautaires », souligne l'agent de prévention à la police de Québec, Nathalie Harvey. « C'est plus facile de parler à quelqu'un que l'on connait. »

Elle ajoute que même si les aînés ne veulent pas porter plainte, les policiers doivent s'assurer qu'ils sont en sécurité. L'agente cite en exemple une dame qui s'est fait voler ses bijoux par son fils. Elle n'a pas voulu porter plainte, mais la policière lui a prodigué des conseils comme bloquer ses comptes de banque.

Loi du silence

Les statistiques du réseau de la santé et des services sociaux du Québec indiquent qu'entre 8 % et 14 % des personnes âgées sont victimes d'abus. En réalité, le chiffre serait plus élevé, mais le silence des aînés sur ce sujet empêche de connaître l'ampleur du phénomène.

UN APERÇU DE LA PROBLÉMATIQUE CONCERNANT LES ABUS ENVERS LES AÎNÉS

Abus et violence envers les aînés: un problème sous-estimé

(Article de Frédérique David, journaliste, Piedmont, 11juin 2009)

Au Québec, 15 % des personnes âgées se retrouvent dans une situation d'abus, de violence ou de négligence, selon le Réseau québécois pour contrer les abus envers les aînés (RQCAA). Avec le vieillissement de la population, cette situation préoccupante risque d'aller en augmentant.

Il existe au Québec un consensus selon lequel le phénomène des abus envers les aînés est largement sous-estimé. Dans l'ensemble de la province, ce sont 150 000 personnes âgées qui en seraient victimes. « Il s'agit d'un fait souvent caché et il est donc très difficile d'évaluer l'ampleur de la situation, mentionne Johanne Villeneuve, agente de recherche au Conseil des aînés. Les abus que l'on connaît sont ceux qui ont été dénoncés, et ce n'est peut-être que la pointe de l'iceberg.»

L'exploitation financière serait assurément le type le plus fréquent (28 %). L'abus psychologique (26 %), la négligence (19 %), l'abus physique (17 %) et les mauvais traitements (9 %) figurent parmi les autres cas répertoriés. Enfin, les agressions sexuelles (2 %) sont à l'origine d'un nouveau phénomène social, la gérontophilie, que l'on commence à mesurer. «Elle touche 3000 personnes par année, ce qui est très préoccupant!», mentionne Hélène Wavroch, directrice générale du RQCAA.

Qui sont les abuseurs?

L'implication de proches semble se confirmer. «Dans 54 % des cas, les abuseurs sont les enfants, en premier lieu lorsqu'il s'agit d'abus financier et ensuite lorsqu'il s'agit de négligence», souligne Hélène Wavroch. Dans 7 % des cas d'exploitation financière, les abuseurs sont les personnes embauchées pour s'occuper des gens âgés, et dans 4 %, ce sont les petits-enfants. « Quand on parle torts physiques et psychologiques, les abuseurs sont souvent les époux ou les partenaires de vie», ajoute madame Wavroch.

Le profil de la victime

« La victime est souvent une femme de 75 ans et plus qui vit seule et qui souffre d'une maladie mentale ou d'une incapacité physique, explique Johanne Villeneuve. Les personnes isolées et qui reçoivent peu de visites sont plus à risque. »

Actuellement, aucune barrière économique ne fait obstacle aux abus envers les aînés. «Ils peuvent atteindre autant les riches que les pauvres, tant les gens instruits que les moins instruits, note Hélène Wavroch. J'ai même remarqué que cela arrivait souvent dans des familles bien nanties.»

Malheureusement, les victimes sont encore peu nombreuses à demander de l'aide. «Il y a un sentiment de honte, de s'être fait avoir, mentionne Johanne Villeneuve. La situation se complique lorsque l'abuseur est un proche puisque la victime craint de briser le lien affectif ou de créer de la bisbille dans la famille.»

Où trouver de l'aide?

Plus d'une cinquantaine d'organismes communautaires sont dédiés aux personnes âgées; ils tentent de trouver des moyens de briser l'isolement. «Nous encourageons les aînés à faire partie de clubs, notamment par l'entremise de la Fédération de l'âge d'or du Québec, explique Hélène Wavroch. Certains organismes peuvent également les sortir s'ils sont en perte d'autonomie, ce qui leur permet de rencontrer des gens.»

Lorsqu'un abus survient, deux types d'actions sont possibles. D'une part, la police peut être appelée à intervenir si quelque chose de grave se produit et que la victime porte plainte. Par ailleurs, dans les CLSC et certains organismes régionaux comme DIRA (dénoncer, informer, référer, accompagner), à Laval, divers intervenants agissent régulièrement sur le plan social afin d'appuyer des personnes âgées en situation d'abus. Enfin, les victimes peuvent appeler la ligne Tel-Aînés (514 353-2463 sept jours sur sept de 10 h à 22 h ou Info-Abus (1 888 489-ABUS.

« Nous encourageons le signalement par une tierce personne, ajoute Hélène Wavroch. Si une voisine soupçonne un abus, il est important qu'elle le signale, au CLSC local par exemple, pour que la victime présumée ait des visites. Avec le vieillissement de la population, l'évolution du problème dépendra de la façon dont, collectivement, nous allons faire face à la situation. Nous devons mettre en place les ressources nécessaires pour démystifier le problème, faciliter les recours et pour que ces abus ne soient plus tabous. »

RD

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