dimanche, août 29, 2010

 

13e congrès sur la douleur de lASP, FIN AOÛT 2010

« La recherche sur la douleur est incroyablement sous-financée à travers le monde »


Article de Émile Corriveau, Le Devoir, 28 août 2010

Du 29 août au 2 septembre prochain, Montréal sera l'hôte du 13e congrès sur la douleur organisé par l'Association internationale pour l'étude de la douleur (en anglais, International Association for the Study of Pain ou IASP). Pour l'occasion, près de 6000 experts de renommée internationale se réuniront au Palais des congrès. Aux dires du président du Comité du programme scientifique, le professeur Jeffrey Mogil, l'événement s'annonce particulièrement instructif.

Dans le cadre de la 13e rencontre de l'IASP, près de 80 ateliers et colloques, ainsi qu'une quinzaine de conférences plénières portant sur divers sujets d'actualité, seront tenus à Montréal. Pendant cinq jours, les participants auront l'occasion de parfaire leurs connaissances et d'échanger sur des thèmes aussi variés que la douleur chronique, la pratique clinique et la pharmacologie.

Enthousiaste, Jeffrey Mogil, titulaire de la Chaire de recherche du Canada en génétique de la douleur et professeur titulaire de la Chaire en études sur la douleur E. P. Taylor de l'Université McGill, souligne qu'il s'agit d'un événement dont l'importance est capitale.

« Le congrès permet à des milliers de gens qui traitent la douleur, que ce soient des médecins, des dentistes ou des chercheurs, de se rencontrer, de mettre à jour leurs connaissances sur la douleur et de s'informer sur les plus récentes avancées. Ça ne se produit pas fréquemment et je suis très content que l'événement ait lieu à Montréal cette année », affirme-t-il.

Si certaines conférences s'annoncent particulièrement ciblées, la grande variété des sujets abordés pendant l'événement permettra à tous les spécialistes d'y trouver leur compte. « Il y en aura vraiment pour tous, soutient M. Mogil. Pour ma part, il y a plusieurs ateliers et conférences auxquels j'ai hâte d'assister. Par exemple, il y aura une plénière sur les liens entre la douleur, l'alimentation et l'obésité. C'est très rare qu'on parle de ce sujet. Il y aura aussi une conférence sur l'acupuncture offerte par Ji-Sheng Han, de l'Université de Pékin, qui me paraît vraiment intéressante et est d'actualité. Je pourrais en nommer plusieurs comme ça.»

Progrès

Depuis la fondation de l'IASP en 1973, la communauté scientifique a beaucoup amélioré sa compréhension des mécanismes de la douleur. Selon M. Mogil, de grands progrès ont été réalisés, particulièrement au cours des deux dernières décennies.

« Il n'y a pas si longtemps, dans le domaine de la douleur, les chercheurs s'intéressaient à une vingtaine de molécules. Aujourd'hui, on en étudie des centaines. On commence aussi à s'intéresser au cerveau et à toutes ses composantes complexes. Les traitements sont plus diversifiés et on a désormais toutes sortes d'options pharmaceutiques, chirurgicales, etc.», explique-t-il.

Bien qu'optimiste, le spécialiste ne peut s'empêcher de souligner qu'il reste encore beaucoup à faire. Il rappelle que, au Canada, la douleur chronique affecte de 20 à 25 % de la population et qu'on dispose toujours de peu de moyens efficaces pour soulager les souffrants.

«La plupart des traitements actuels utilisés pour soulager la douleur sont semblables à ceux qui étaient en usage il y a cent ans. La différence, c'est qu'aujourd'hui on comprend mieux pourquoi ils fonctionnent et on est aussi capable de limiter les effets secondaires! On a beaucoup entendu parler des traitements individualisés, mais, dans le domaine de la douleur, c'est encore loin d'être une réalité. On n'en connaît pas encore assez sur tous les gènes qui peuvent jour un rôle! D'après moi, ça prendra encore quelques décennies et pas mal de recherches avant de pouvoir administrer des traitements sur mesure », explique le chercheur.

Sous-financement

Au Canada comme ailleurs dans le monde, la recherche sur la douleur souffre d'un sous-financement. En 2008, afin de déterminer l'état de la situation, la Société canadienne de la douleur a procédé à un sondage et s'est aperçue que, sur 79 chercheurs travaillant activement à des projets reliés à la douleur, 65 avaient reçu un financement au cours des cinq années ayant précédé l'enquête, pour un total d'environ 80,9 millions de dollars, ce qui équivaut à moins de 1 % du financement global accordé par les Instituts de recherche en santé du Canada.

« La recherche sur la douleur est incroyablement sous-financée à travers le monde, précise M. Mogil. Par exemple, il y a deux ans, aux États-Unis, la recherche pour le cancer a reçu 50 fois plus de fonds de la part du National Institute of Health que la recherche sur la douleur. Pourtant, la douleur chronique est le problème médical le plus répandu. Elle est plus fréquente que le cancer, les maladies cardiovasculaires et le diabète combinés. Oui, la recherche sur le cancer est certainement importante, mais l'est-elle 50 fois plus que la recherche sur la douleur?»

Aux dires de M. Mogil, ce sous-financement se perçoit concrètement dans les laboratoires. Par exemple, le scientifique s'est récemment intéressé aux expressions faciales des souris qui, semble-t-il, s'apparentent beaucoup aux mimiques humaines. Grâce à ses recherches, il a réussi à développer une échelle de niveaux de grimaces qui pourrait être utilisée pour améliorer les traitements de la douleur humaine.

« On a découvert que les souris assujetties à un stimulus de douleur modérée présentaient des signes d'inconfort par le biais d'expressions faciales, et ce, de la même manière que l'humain. À mon avis, on cerne beaucoup mieux la douleur lorsqu'on mesure l'expressivité des rongeurs que lorsqu'on utilise des méthodes traditionnelles. Le seul problème, c'est que des tests de ce genre sont plus compliqués à effectuer et plus dispendieux. Alors, même si l'échelle de niveaux de grimaces est plus efficace, beaucoup de chercheurs risquent de continuer à utiliser les méthodes traditionnelles. C'est un cercle vicieux. On manque d'argent, on avance moins vite!»

Avec le vieillissement de la population, alors qu'on prévoit une augmentation considérable des cas de douleur chronique dans les années à venir, la question du financement devient de plus en plus préoccupante. Annuellement, la douleur chronique coûte plus de six milliards de dollars aux contribuables canadiens. D'ici 2025, ces coûts pourraient atteindre plus de dix milliards par année.

« Nous faisons beaucoup de sensibilisation à ce sujet, affirme M. Mogil. À l'heure actuelle, la douleur chronique n'est pas reconnue comme une maladie en soi alors qu'elle devrait l'être. Il faut arrêter de croire que la douleur n'est qu'un symptôme, c'est beaucoup plus complexe que ça. Si on ne s'y attarde pas plus, si on ne consacre pas plus de fonds à la recherche, on sera bientôt aux prises avec un problème de taille! »

RD

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