dimanche, août 29, 2010

 

La douleur a toujours été le parent pauvre des hôpitaux

Une personne âgée sur deux souffre de façon récurrente

Source : Article de Claude Turcotte, Le Devoir, 28 août 2010

Réseau québécois de recherche sur la douleur chronique - « La douleur a toujours été le parent pauvre des hôpitaux »

La douleur a longtemps été perçue comme un système d'alarme informant le cerveau qu'il y a un problème quelque part, une brûlure, une fracture, une maladie non évidente comme un cancer, le diabète, etc. Toutefois, depuis une vingtaine d'années, un changement de paradigme est survenu, alors qu'on a compris que la douleur pouvait aussi être une maladie en soi, qu'il fallait mieux la comprendre pour trouver des traitements et des médicaments qui lui soient spécifiques. Le Dr Yves de Koninck, fondateur et coordonnateur du Réseau québécois de recherche sur la douleur chronique (RQRD), explique.

« Au Québec, on a toujours eu une grande force grâce à des pionniers, en particulier Ronald Melzac qui, en 1965, a formulé une nouvelle théorie de la douleur qui a ouvert la porte à des recherches systématiques, ce qui a permis de former plusieurs chercheurs. Le Canada est une superpuissance en ce domaine et il y a au Québec une masse critique, une force dont il faut se servir pour mieux avancer. Cela a des impacts au plan clinique, car la douleur a toujours été le parent pauvre des hôpitaux », mentionne le Dr de Koninck.

Cette masse critique a pour noyau central 50 chercheurs, qui ont chacun une équipe de recherche qui comprend de 10 à 15 personnes, dont des étudiants au postdoc, des infirmières spécialisées en recherche, des coordonnateurs. Ces chercheurs sont rattachés à quatre grandes universités, l'Université Laval à Québec, l'Université de Sherbrooke et deux autres dans la métropole, soit l'Université de Montréal et l'Université McGill. L'objet des travaux de recherche va de la molécule jusqu'au patient lui-même et peut être de nature fondamentale, clinique ou évolutive, c'est-à-dire porter sur les soins appropriés à donner aux patients, selon leur condition propre.

Mais ce n'est pas tout. Il y a aussi une association de patients comptant plus de 3000 membres, qui sont évidemment une source inestimable d'informations, d'autant plus que l'existence au Québec d'un système de santé public fait en sorte que tout le monde est géré de la même façon, ce qui rend plus crédibles les comparaisons entre patients. On a d'ailleurs créé un registre de patients dans lequel on peut plus facilement regrouper ceux qui souffrent d'un même syndrome. Plusieurs chercheurs s'engagent par ailleurs sur le plan social, ce qui leur permet de voir de près l'effet des soins à diverses étapes.

Comprendre

Un grand projet du RQRD consiste à déchiffrer les différents types de douleur. Les médecins se sont depuis toujours posé une question: comment peut-on traiter quelque chose qu'on ne peut pas mesurer? La douleur est évidemment fort complexe, souvent subjective, voire émotive, et plus ou moins intense, selon les personnes. Il y a même des douleurs fantômes, notamment celle que vit un amputé, qui ressent une douleur dans la jambe qu'il n'a plus. Ce phénomène confirme, comme le dit le Dr de Koninck, que la douleur se situe dans le cerveau.

Au demeurant, des chercheurs montréalais, en ayant recours à l'imagerie par résonance magnétique nucléaire fonctionnelle et à la tomographie par émission de positrons, ont réussi, d'une part, à cerner beaucoup plus précisément les centres nerveux du cerveau responsables de la perception de la douleur et, d'autre part, à comprendre comment l'activation cérébrale est modifiée par des situations pathologiques. Étonnamment, la douleur chronique provoque « des lésions physiques concrètes » dans le cerveau lui-même.

Pour sa part, Yves de Koninck a découvert, il y a plus de cinq ans, un mécanisme de la moelle épinière qui peut expliquer la douleur chez certains individus qui ne possèdent pas, contrairement aux gens normaux, des mécanismes naturels (portillon ou gate control) qui atténuent la transmission des messages de douleur vers le cerveau. Le Dr de Koninck a non seulement identifié des cellules susceptibles de perturber ce portillon et de le rendre inactif, mais il a décidé de passer à l'action: « C'est un mécanisme différent de tous ceux que les gens ont décrits jusqu'à présent. Cela ouvre de nouvelles avenues pharmaceutiques. L'arsenal principal qu'on a pour combattre les douleurs chroniques, ce sont les fameux opiacés, les dérivés de la morphine, mais leur efficacité est assez mitigée et ils viennent avec un paquet d'effets secondaires néfastes. Avec ce qu'on avait découvert, on s'est dit qu'on pouvait développer une nouvelle classe de médicaments qui vont pouvoir pallier ce déficit ». Il a alors suscité la création d'une entreprise, Chlorion Pharma, dans laquelle sont engagés les chercheurs Martin Gagnon et Jeffrey Coull, qui se sont mis à développer de nouveaux médicaments à partir des mécanismes identifiés au Centre hospitalier Robert-Giffard.

Diagnostiquer

Le RQRD est une organisation encore bien jeune qui s'attaque à des problématiques ayant été négligées fort longtemps. Il reste donc encore beaucoup à faire pour raffiner les outils de diagnostic, mais on sait désormais qu'on peut faire des mesures objectives de la sensibilité à la douleur. Le RQRD a pris forme à la fin des années 1990 grâce à des subventions fédérales et à un soutien au démarrage de Valorisation-Recherche Québec. À partir de 2005, le Fonds de recherche en santé du Québec a pris la relève. Le RQRD fonctionne avec un budget annuel de 1,2 million, provenant du Fonds et du ministère de la Santé du Québec, qui donne 400 000 $ pour soutenir le registre des patients. Il y a aussi deux sociétés pharmaceutiques qui versent un peu plus de deux millions sur une période de cinq ans, sans aucune condition.

Yves de Koninck est de son côté un homme à plusieurs chapeaux. Il est directeur du RQRD, directeur de la division de neurobiologie cellulaire à l'hôpital Robert-Giffard et professeur associé à l'Université McGill. Il participe enfin à un programme fédéral concernant l'imagerie, la neurophotonique et les nanotechnologies, dans le but de développer de nouvelles technologies applicables en biologie. « Un des enjeux importants, dit-il, est de pouvoir sonder le tissu vivant sans l'endommager. Nous souhaitons utiliser la lumière pour aller voir la cellule sans avoir à l'ouvrir. »

Pour la société dans son ensemble, ces travaux de recherche peuvent avoir un impact considérable, comme il le souligne: « Quand on parle de douleur chronique, les chiffres sont colossaux. De 20 à 30 % de la population va développer à un moment donné une douleur chronique. Et la prévalence croît avec l'âge. Chez les personnes âgées, cela peut atteindre 50 %. C'est un problème majeur sur le plan socio-économique qui va augmenter avec le vieillissement de la population et dont on ne s'occupe pas assez. »

COMMENTAIRE DE PHILOMAGE

Enfin, une approche systématique pour résoudre le problème de la douleur. On peut considérer la douleur comme le facteur clé qui pousse les personnes en fin de vie à demander le suicide assisté ou l'euthanasie. Dans toutes les problématiques concernant les mourants, la douleur et ses effets abrutissants sont à l'origine de la plupart des angoisses vécues. Jusqu'ici, on devait s'accommoder avec les moyens du bord, et souvent dire qu'il n'y avait plus rien à faire. Avec ce que l'on peut lire dans cet article, il semble qu'il existe des façons de soulager les patients, de sorte que leurs derniers instants deviennent supportables. À mon avis, c'est une question à creuser et vite! Parce que la souffrance est présente dans de très nombreuses maladies et peut rendre n'importe quelle personne dingue.

RD

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