dimanche, août 29, 2010

 

La recherche sur la douleur chronique au Québec

Catherine Bushnell, du Centre de recherche Alan-Edwards sur la douleur de l'Université McGill

Laboratoire sur la douleur de l'Université McGill - Physique et... psychologique!

« Le traitement de la douleur doit s'inscrire au coeur des préoccupations des soins de santé »

Article de Claude Lafleur, Le Devoir, 28 août 2010

« Il est curieux que, dans toutes les langues, il n'existe qu'un seul mot pour désigner la douleur. Pourtant, que vous vous cogniez un orteil, que vous ayez mal à la tête ou que vous souffriez d'une douleur chronique, vous vivez dans chaque cas quelque chose de différent.» Celle qui parle ainsi est une spécialiste de renommée mondiale de la douleur. Catherine Bushnell, du Centre de recherche Alan-Edwards sur la douleur de l'Université McGill, a consacré ses trente années de carrière à explorer les multiples facettes de ce phénomène étrange qu'on commence tout juste à comprendre.

Catherine Bushnell participera au congrès international sur la douleur qui se tiendra à la fin d'août au Palais des congrès de Montréal. Le plus important rassemblement de chercheurs dans le domaine marque un point tournant. « Jusqu'à présent, notre congrès se tenait tous les trois ans, indique la chercheure. Mais, ces dernières années, nos connaissances progressent tellement qu'on sent désormais le besoin de se réunir tous les deux ans. »

De surcroît, ajoute-t-elle, la douleur devient un sujet de plus en plus préoccupant, étant donné le vieillissement de la population. « La population prenant de l'âge et les traitements médicaux devenant sans cesse plus performants, il y a par conséquent davantage de gens qui souffrent de douleur chronique, observe Catherine Bushnell. Le traitement de la douleur doit donc s'inscrire au coeur des préoccupations des soins de santé. »

La psychologie de la douleur

La douleur intrigue énormément les chercheurs comme Mme Bushnell, puisque, tout à la fois, elle est vitale, elle comporte des volets physiques et psychologiques et elle peut même être agréable.

Durant ses études postdoctorales à l'Institut national de la santé (NIH) à Washington (D.C.), Mme Bushnell a été étonnée de constater à quel point les facteurs psychologiques jouent un rôle dans la perception qu'on a d'une douleur.

« La douleur est essentiellement un phénomène subjectif, dit-elle. Chacun la perçoit à sa façon. » Ainsi, l'intensité d'une douleur ne dépend pas tant de l'importance de la blessure — comme on l'a longtemps pensé — mais plutôt de la façon dont on la perçoit. « Chez des patients ou des sujets d'expérience qui décrivent les douleurs qu'ils ressentent, on observe deux composantes, explique Mme Bushnell. La première est la sensation physique. Lorsqu'on se brûle, par exemple, on ressent bien entendu une sensation de brûlure. » Mais à cette sensation s'ajoute une composante psychologique, c'est-à-dire à quel point la douleur incommode. « Imaginons que vous ressentiez une douleur dans l'abdomen, suggère-t-elle. Le fait que celle-ci soit causée par une indigestion n'aura pas le même impact que si on vous diagnostique un cancer! » De même, la douleur causée par un mal de dent, si elle ne durait que quelques instants, serait peu dérangeante — ce qui est fort différent s'il s'agit d'une douleur chronique.

Au Laboratoire sur la douleur de l'Université McGill, les chercheurs observent très bien, à l'aide des techniques d'imagerie du cerveau, qu'il s'agit de deux composantes distinctes. « Nous voyons que ce sont des circuits différents du cerveau qui sont sollicités selon qu'il s'agit de la composante physique ou psychologique de la douleur », note-t-elle.

De même, des patients ayant perdu certaines fonctions du cerveau ne ressentent que l'effet psychologique de la douleur. « Si vous les pincez, relate Mme Bushnell, ceux-ci ne ressentiront pas au juste ce que vous leur faites. Par contre, ils ressentiront une sorte de malaise, une sensation d'inconfort, sans pouvoir dire ce qui se passe. »

La douleur est en outre essentielle à notre survie, puisqu'elle évite qu'on se blesse plus gravement. Mme Bushnell rapporte le cas de rares individus chez qui la sensation de douleur est absente. « Ces enfants développent de sérieux problèmes de jointure, comme de l'arthrite », dit-elle. Normalement, lorsqu'on est assis ou debout dans une position inconfortable, on ressent une certaine douleur qui invite à changer de position. Or les personnes privées de ce genre de sensation développent des problèmes d'articulation. Et, bien sûr, elles se blessent sans s'en rendre compte. Pour cette raison, il est impossible de faire disparaître la douleur, ce qui serait souhaitable dans le cas des douleurs chroniques.

C'est ainsi que les chercheurs ont mis au jour, ces dernières années, le fait qu'il n'existe pas de « centre de la douleur» dans le cerveau. À une certaine époque, on opérait des patients afin de supprimer chez eux l'endroit de leur cerveau où se faisait sentir leur douleur chronique. L'opération produisait pendant un certain temps l'effet recherché mais, hélas, le cerveau finit toujours par se réorganiser afin de ressentir la douleur. Comme quoi on ne peut s'en passer!

Dans certaines circonstances, la douleur peut même être agréable, évoque Catherine Bushnell. C'est le cas d'un massage en profondeur, dit-elle. « Vous ressentez alors véritablement de la douleur, mais une douleur qui fait du bien, qui soulage, même. Vous ressentez alors une douleur physique mais, en même temps, c'est psychologiquement plaisant! »

Un premier sommet sur la douleur

La composante psychologique de la douleur est si importante que les chercheurs ont constaté que le simple fait de se préoccuper de ce que ressentent les patients — faire tout bonnement preuve de compassion pour eux — a pour effet d'abaisser l'intensité de leur malaise. Voilà pourquoi la communauté des chercheurs insiste pour que nos systèmes de soins de santé se préoccupent activement de traiter la douleur.

Mme Bushnell rapporte d'ailleurs qu'à la suite du congrès de Montréal se tiendra le premier sommet mondial sur la douleur. « Ce sommet rassemblera des leaders et des dirigeants des gouvernements, de l'industrie, des chercheurs, etc., afin de faire en sorte que les législateurs et les responsables de nos systèmes de santé se préoccupent davantage de la douleur, énonce Mme Bushnell. C'est un sujet très préoccupant, vous savez, puisque nous vieillissons tous et que, à cet égard, nous risquons tous de souffrir un jour ou l'autre de douleur chronique...»

RD

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