mardi, août 03, 2010

 

Repousser L’ÂGE DE LA RETRAITE, il y a trop peu d’incitatifs

Le sociologue Richard Lefrançois croit qu'il faut éviter de voir dans le recul de l'âge de la retraite une solution à tous les maux.

© Simon Clark

Article de Karine Gagnon, Journal de Québec, 3 août 2010

Loin d'être une panacée, le recul de l'âge de la retraite pourrait même nuire aux jeunes sur le marché du travail si les conditions ne sont pas améliorées.

C'est du moins ce que craint Richard Lefrançois, sociologue, professeur retraité de l'Université de Sherbrooke et chercheur au centre de recherche sur le vieillissement de l'Institut universitaire de gériatrie de Sherbrooke. « Cette question de l'âge de la retraite vient brasser des braises sur le feu, des braises de valeurs, analyse M. Lefrançois. C'est une bonne idée, de reculer l'âge de la retraite, surtout pour des gens qui adorent leur travail. Mais il faut faire attention. »

Attention de ne pas faire en sorte « qu'en donnant ces avantages aux aînés, en leur permettant de travailler, qu'on n'enlève pas des emplois aux jeunes et qu'on ne les précarise pas en faisant tirer les échelles de salaires vers le bas, ou les conditions de travail vers le bas, avertit M. Lefrançois. La porte serait grande ouverte en disant, eux (les aînés) ne sont pas exigeants, ils n'en demanderont pas beaucoup. »

Les personnes âgées pourraient en effet être tentées de dire qu'elles sont prêtes à travailler pour peu. « Il ne faudrait pas que ça nuise à l'avancement dans l'entreprise des jeunes, expose M. Lefrançois. Si les vieux ne sortent pas, il n'y a plus de place pour les jeunes qui veulent entrer. »

Retraite à la carte

M. Lefrançois croit qu'il faudrait instaurer un système de « retraite à la carte ». On modulerait la retraite, en mettant en place des incitatifs pour garder les gens en emploi. « Il faut dire aux gens qu'ils n'auront pas de pénalité, mais aussi instaurer des programmes pour inciter les employeurs à plus de souplesse, avec des horaires qui soient variables. Il faut aussi changer les mentalités afin que les aînés puissent devenir des mentors, des formateurs. »

Le sociologue estime qu'il faut cesser d'analyser la question des retraites de façon cloisonnée et comptable. « Il ne faut pas oublier non plus que le bénévolat des aînés représente six milliards de dollars au Québec, alors qui fera du bénévolat? Est-ce qu'on va engager du monde et on va les prendre où? »

M. Lefrançois est par ailleurs d'avis que les solutions qui devraient être envisagées devraient l'être à travers un métissage des générations. En d'autres termes, on devrait impliquer les jeunes et les aînés dans la réflexion.

COMMENTAIRE DE PHILOMAGE

À court terme, dans le contexte actuel de l'emploi, le recul des âges en vue de prendre une retraite assurément pourrait nuire aux jeunes qui veulent se tailler une place intéressante sur le marché du travail.

C'est le moyen et long terme qui est le plus préoccupant, parce la masse des retraités va aller croissant et le pourcentage des SENIORS qui vont faire de leur retraite « une deuxième vie au travail » demeurera faible. La désincitation à demeurer au travail va aller croissant avec l'âge et l'argent supplémentaire offert ou gagné jouera de moins en moins comme leurre ou appât. Finalement, les âges de la vie sont ce qu'elles sont : le goût (ou dégoût) du travail, le stress et une moins bonne santé sont des déterminants majeurs dans la décision de se remettre au travail une fois à la retraite.

L'apport des SENIORS à l'économie est considérable et le deviendra encore plus après 2020, puisque les plus de 60 ans représenteront près de 25 % de la population totale au Québec. Par leurs besoins spécifiques et leurs dépenses de consommation, ils seront à même d'amener et de développer de nouveaux secteurs de l'économie québécoise; par exemple, des logements adaptés, la domotique, des technologies de communication et de suivi appropriées, des services adaptés aux aînés, et combien d'autres produits nécessaires dans les cas de perte d'autonomie,…

Je pense que M. Lefrançois perçoit très bien les failles de l'analyse centré sur le recul des âges de la retraite. Je reprends ce que je disais dans le posting précédent : il faut repenser l'économie en étant moins intensif en main-d'œuvre dans tous les secteurs de l'économie et plus intensif dans l'utilisation des technologies et des rendements qui y sont associés. Former une main-d'œuvre hautement qualifiée dans tous les genres de métiers et de professions est une nécessité absolue dans ce genre de problème. Les SENIORS pourraient alors intervenir avec leur expérience et expertise comme formateurs ou mentors, comme le soulignait M. Lefrançois.

RD

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