samedi, septembre 04, 2010

 

Désir de mort, quoi penser sur le sujet?

« DÉSIR DE MORT »

Article de Lysiane Gagnon, journaliste, La Presse, 31 août 2010

Incroyable, ce sondage qui nous apprend que 71% des Québécois veulent légaliser l'euthanasie et le suicide assisté. Incroyable, oui, qu'à propos d'une question aussi délicate et complexe - une question où interviennent les valeurs morales les plus profondes -, il se trouve autant de gens en faveur d'une solution aussi radicale. On sait bien que le Québec a jeté la religion à la poubelle, mais enfin, est-ce qu'il ne devrait pas en rester un petit vestige? Quelque chose comme le respect de la vie?

Deux facteurs pourraient expliquer cet engouement populaire pour le suicide assisté. D'abord, la question de Léger Marketing était biaisée: «Croyez-vous que la décriminalisation de l'euthanasie et du suicide assisté serait le bon moyen d'aider les gens à mourir dans la dignité?». On associait donc le suicide et l'euthanasie avec le concept de dignité.

Une autre raison pourrait expliquer l'apparente légèreté de la population face à ces enjeux très graves. Comme le disait le Dr Patrick Vinay, directeur des soins palliatifs au CHUM, lors d'une interview, peut-être qu'une bonne partie des répondants ont cru que la question portait sur l'acharnement thérapeutique. Ils auraient confondu l'euthanasie avec l'interruption des moyens utilisés pour maintenir artificiellement en vie un patient déjà condamné. La plupart des gens sont, avec raison, contre l'acharnement thérapeutique, mais cela n'a rien à voir.

Interrompre un traitement inutile, agressif et déshumanisant - débrancher les appareils sans lesquels le patient serait déjà mort -, ce n'est pas du tout la même chose que d'administrer une médication qui aura pour effet de faire mourir le patient.

Il est vrai qu'en cette matière, il y a place pour bien des nuances. Le médecin qui augmente la dose de morphine pour soulager les douleurs intolérables d'un patient en fin de vie sait que ces doses élevées pourraient hâter le décès, mais cette sorte d'euthanasie passive n'est pas l'euthanasie proprement dite, qui est un acte effectué non pas pour alléger la souffrance, mais dans le seul but de provoquer la mort du patient.

Le Québec est (presque) tout entier embarqué dans le train du suicide assisté. Bien qu'il s'agisse d'une matière relevant du code criminel, donc du fédéral, le gouvernement Charest veut mettre son grain de sel, et une commission consultative itinérante sur la façon d'aborder la fin de la vie tiendra à l'automne des audiences publiques dans 11 villes. À la Chambre des communes, c'est encore le Québec qui pousse à la roue, par l'intermédiaire du Bloc, qui en est à son troisième projet de loi sur la question.

Si le Collège des médecins est plutôt réservé, la grosse locomotive de la Fédération des médecins spécialistes est en marche depuis un an, sur la foi d'un sondage qui indiquerait qu'une majorité de ses membres (parmi les 23% qui y ont répondu) souhaite voir l'euthanasie encadrée par une loi.

Le fait qu'une fédération de médecins soit le principal promoteur de l'euthanasie est quelque peu troublant. Qu'ils veuillent clarifier la situation et s'éviter des poursuites, dans un contexte où, effectivement, l'euthanasie passive est souvent discrètement pratiquée, cela se comprend. Mais est-ce que leur serment ne les engage pas à maintenir la vie plutôt qu'à inventer des façons de donner la mort? Ne devraient-ils pas plutôt travailler sur le contrôle de la douleur?

Doute insidieux: certains d'entre eux seraient-ils excédés de voir des patients s'accrocher à leur misérable vie alors qu'on manque de lits aux soins intensifs? D'accord pour le débat, mais qu'on le fasse prudemment, en ayant aussi à l'esprit les effroyables abus que pourrait entraîner la légalisation de l'euthanasie et du suicide assisté.

COMMENTAIRE DE PHILOMAGE

Dans ce débat, on oublie trop souvent le libre choix de la personne mourante. Oui, pour un cadre social acceptable pour toutes les situations existantes, dans les pires cas comme dans les cas les plus faciles à gérer. Oui, pour une priorité à la volonté du mourant, face à la détresse psychologique, à la souffrance ou à la douleur en fin de vie.

Nous venons de voir la tenue à Montréal du 13e congrès mondial sur la douleur. La Commission spéciale sur la question de mourir dans la dignité s'est-elle mise en contact avec les spécialistes s'occupant des problèmes de la douleur? Il y a beaucoup de points d'interrogation qui me viennent à l'esprit face à la problématique de l'euthanasie et du suicide assisté. Mais, une chose me semble certaine : si on enlevait la douleur ou la souffrance face à la mort, le dilemme face à l'euthanasie et au suicide assisté serait beaucoup plus facile à trancher. Parce que ces deux éléments sont les principaux facteurs qui rendent si pénibles la fin de vie.

Au lieu d'inventer un élixir de jouvence pour retrouver la jeunesse, on devrait plutôt inventer un élixir ou cocktail d'éden à donner au patient pour célébrer dans la joie la fin d'une vie bien remplie. Si on a su réduire les souffrances ou douleurs à l'accouchement, il n'y a pas de raison que l'on ne fasse pas de même pour une personne mourante lorsque c'est nécessaire.

RD

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