jeudi, octobre 28, 2010

 

Départs des baby-boomers pour la retraite: penser à ceux qui restent

Diane-Gabrielle Tremblay, professeure à la Téluq et spécialiste de l'organisation du travail.

Article de Martine Letarte, collaboration spéciale, La Presse, 16 octobre 2010

Les derniers chiffres d'Emploi-Québec révèlent que près de 500 000 postes devront être pourvus au Québec d'ici 2013 en raison de départs à la retraite. Quel impact est à prévoir de ce départ massif et surtout, comment atténuer les conséquences??

« Nous commençons déjà à voir certains milieux touchés par les départs massifs à la retraite », remarque Diane-Gabrielle Tremblay, professeure à la Téluq et spécialiste de l'organisation du travail.

Il est inévitable que le départ à la retraite des nombreux baby-boomers crée un vide, aux yeux de Gabriel Bouchard, président de la firme de recrutement Workopolis.

« Les baby-boomers forment un iceberg qui a changé l'environnement partout où il est passé ! C'est un gros groupe et à chaque étape qu'ils passent dans leur vie, cela a un impact social», affirme-t-il.

Certains y verront bien sûr des opportunités. « Des personnes pourront avoir des promotions. Toutefois, elles risquent d'avoir de la difficulté à recruter des équipes de travail », ajoute-t-il.

Il y a donc une intensification du travail à prévoir, ou encore, on devra mettre du travail de côté.

« Il y a quelques secteurs où il y a un peu de gras, mais au fil des ans, il y en a de moins en moins ! On peut s'attendre à une détérioration des services, ou encore, à ce que des dossiers soient moins creusés», affirme Mme Tremblay.

Limiter les dégâts

Pour éviter le naufrage, les entreprises doivent donc revoir leurs façons de faire. D'autant plus que plusieurs partent de loin, remarque Diane-Gabrielle Tremblay. Elle fait allusion notamment aux organisations qui ont encore en place des programmes visant à inciter les gens à partir à la retraite de façon à économiser.

« On voit ça encore beaucoup dans la fonction publique et dans le milieu de l'éducation notamment. On est encore dans la logique des années 90, alors qu'on a fait ça avec les infirmières et on en subit encore les conséquences aujourd'hui! »

On entre désormais dans l'ère où les employeurs devront éliminer les programmes pour inciter les travailleurs à partir pour les remplacer par d'autres qui les inciteront à rester. Selon les différentes réalités des organisations, plusieurs avenues peuvent être envisagées.

« Par exemple, on peut offrir du temps partiel, indique Diane-Gabrielle Tremblay. Plusieurs employeurs refusent de le permettre parce qu'ils disent qu'ils manquent de travailleurs. Mais offrir du temps partiel peut leur permettre de garder du personnel. »

Le télétravail est aussi à considérer. « Pour certains, les longues heures nécessaires pour se rendre au travail et en revenir sont un irritant important. En réorganisant le travail et en utilisant les nouvelles technologies, il a moyen parfois de permettre à ses employés de faire du télétravail. Pourtant, c'est encore peu développé », remarque Mme Tremblay.

Faciliter le transfert des compétences

On peut multiplier les efforts de rétention, mais il n'en demeure pas moins que cette expertise finira par quitter l'organisation. Il est donc grand temps de penser, d'après Diane-Gabrielle Tremblay, au transfert des compétences.

« On doit absolument développer le mentorat dans les organisations, affirme-t-elle. Sinon, on risque de perdre toute l'expertise avec les départs à la retraite. Je pense par exemple à la fonction publique où on ne prévoit pas de période pour le transfert des compétences. »

Quelques entreprises décident toutefois de s'y mettre. Par exemple, Loblaws a lancé l'an dernier son programme finissants@Loblaws pour attirer la relève. Les diplômés sélectionnés sont invités à faire un stage rémunéré de 18 mois, guidés par un mentor.

« Ils peuvent travailler dans différentes sphères de l'entreprise, comme le marketing ou les ressources humaines. Nous souhaitons bien sûr les garder à la fin du stage?», affirme Josée Bédard, directrice principale, affaires corporatives chez Provigo, membre du groupe Loblaw.

À ses yeux, alors que la population est vieillissante au Québec, il est indispensable que les entreprises pensent à la relève. « D'autant plus que ce qui fait la différence entre une entreprise et une autre, ce sont les gens qui la composent. Il faut penser à faire le lien entre l'expérience accumulée au fil des ans et les nouveaux qui arrivent. »

RD

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