vendredi, octobre 01, 2010

 

Soins aux aînés du Québec : la qualité souvent absente

Article de Geneviève Lajoie, Journal de Québec, 1er octobre 2010

RAYMONDE SAINT-GERMAIN, Protectrice du citoyen.

Le sort de nos aînés préoccupe la Protectrice du citoyen, qui demande au gouvernement un meilleur encadrement des centres d'hébergement pour personnes âgées.

« Plusieurs préjudices portent actuellement atteinte à la santé ou au bien-être des citoyens », peut-on lire dans le rapport que Raymonde Saint-Germain, déposé, hier, à l'Assemblée nationale.

La protectrice critique très sévèrement les soins et services offerts aux personnes âgées dans les centres d'hébergement. « Les activités de la vie quotidienne (hygiène et alimentation notamment) ne se font pas toujours dans le respect des besoins et du rythme du résident. Ces situations portent gravement atteinte à la qualité de vie et à la quiétude des personnes hébergées », constate-t-elle.

En plus de leur certification, Mme Saint-Germain recommande ainsi au gouvernement d'effectuer des inspections dans les quelque 2000 résidences privées de la province, et non plus seulement dans les CHSLD.

« La certification est une chose, mais ce n'est pas tout. La certification doit être assortie d'inspections », a-t-elle déclaré hier. Au nom de la vulnérabilité des personnes âgées, la Protectrice du citoyen interpelle le ministère de la Santé et des Services sociaux pour que les priorités soient mises au bon endroit.

Cette dernière n'a d'ailleurs pas manqué de rappeler qu'il reste encore pas moins de 20 % des résidences privées qui ne sont pas certifiées, alors que cette certification devait à l'origine être complétée en mars 2010. Mme Saint-Germain demande que toutes les résidences privées soit certifiées d'ici le 31 décembre.

« Tant que le processus de certification n'est pas complété, il n'y a aucune assurance de conformité aux critères sociosanitaires contribuant à garantir la sécurité dans les services », peut-on lire dans le rapport.

La qualité

Mme Saint-Germain n'a pas caché qu'elle en est actuellement à vérifier si, pour accélérer le processus de certification, on n'a pas laisser un peu de côté la qualité. « C'est en vérification chez nous, mais j'insiste pour dire que la certification, c'est quelque chose de positif, qu'il faut bien faire, mais la certification ne donne pas en soi la garantie que les soins seront bons. »

Quelques exemples tirés du Rapport de la Protectrice du citoyen

La protectrice du citoyen déplore que le ministère de la Santé et des Services sociaux n'assume pas avec plus de vigueur son rôle d'orientation et de soutien dans la mise en ?uvre de ses politiques afin de corriger des problèmes récurrents au sein de son réseau. En voici quelques illustrations :

Des milieux de vie inadéquats dans certaines ressources d'hébergement pour les personnes âgées - Les ressources intermédiaires et les centres d'hébergement et de soins de longue durée doivent appliquer les orientations ministérielles visant la création de milieux de vie qui répondent aux besoins des usagers. Certains centres et ressources tardent toutefois à adapter leurs pratiques. Les activités de la vie quotidienne (hygiène et alimentation notamment) ne se font pas toujours dans le respect des besoins et du rythme du résident. D'autres problèmes aigus se posent dans des établissements où l'on n'effectue aucun regroupement et où, par exemple, des personnes lucides à mobilité réduite se retrouvent avec d'autres qui souffrent de pertes cognitives et qui présentent des troubles d'errance invasive. Ces situations portent gravement atteinte à la qualité de vie et à la quiétude des personnes hébergées. (p. 97 et 98)

Accès aux soins palliatifs de fin de vie : lacunes dans des unités de soins de courte durée et dans certains centres d'hébergement - Il arrive trop souvent que les situations de fin de vie hors des unités de soins palliatifs soient inadéquatement gérées. Le Protecteur du citoyen a en effet constaté que l'approche, l'accompagnement ou le respect de la dignité et de l'intimité de l'usager et de ses proches ont été déficients, tant auprès de l'usager que de ses proches. (p. 110, 111, 112 et 113)

Le Protecteur du citoyen est hautement préoccupé de l'accès réel aux services de soutien à domicile - Étant donné son importance dans le désengorgement des urgences et dans la diminution de la demande en centre d'hébergement, l'accessibilité des services de soutien à domicile est cruciale. Encore cette année, le Protecteur du citoyen constate plusieurs problèmes, notamment liés à l'évaluation des besoins et des critères de mise en priorité, à l'accessibilité et aux modalités du service ainsi qu'à la non-gratuité des services d'aide domestique pour certaines clientèles. (p.115)

Services en déficience physique et intellectuelle : il est urgent de mettre fin à un phénomène de "déplacement" de l'attente - Le Plan d'accès prévoit que le début des services correspond à la première activité au cours de laquelle l'intervenant recueille l'information sur les besoins de l'usager. Toutefois, entre ce moment et la dispensation des services de réadaptation, les intervenants doivent évaluer les besoins, définir les priorités et élaborer un plan d'intervention. Ce n'est qu'au terme de toutes ces étapes que commencent les services proprement dits. Or, entre chaque étape, il peut s'écouler des semaines ou des mois pendant lesquels cet usager se fera dire qu'il n'est plus en attente puisque les services ont débuté, du moins au sens du Plan d'accès. Il s'agit d'un phénomène de "déplacement" de l'attente auquel on doit mettre fin. (p.92 et 93)

Au Parti québécois, on dénonce l'adoucissement du processus pour accélérer la certification des résidences privées. « On demande à ce que ce soit fait correctement, que ce soit fait dans le respect des critères qui sont, ne l'oublions pas, des critères minimaux qui n'assurent absolument pas la qualité de vie, la qualité des soins à nos aînés, ce sont des normes de base », a signalé la députée péquiste Lisette Lapointe.

ADQ

Du côté de l'ADQ, on accuse plutôt Jean Charest d'avoir menti aux Québécois, en 2003, en jurant, la main sur le cœur, qu'il allait prendre soin de nos aînés. « Après sept ans au pouvoir, le gouvernement libéral est coupable du manque de soins que l'on offre à nos aînés dans les centres hospitaliers de soins de longue durée », a tonné le chef adéquiste Gérard Deltell.

Le gouvernement a agi, depuis 2003, s'est quant à elle défendue la ministre déléguée aux Services sociaux, Dominique Vien. « Je pense que l'ensemble de l'œuvre des gestes que nous avons posés pour justement venir accompagner les personnes âgées sont éloquents », a-t-elle insisté, avant d'ajouter qu'elle prenait tout de même très au sérieux le rapport de la Protectrice du citoyen.

RD

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