samedi, novembre 27, 2010

 

Déclin démographique du Québec, une conséquence du vieillissement de sa population?

Le déclin démographique du Québec sous la loupe

Article de Claude Picher, La Presse, 27 novembre 2010

Il y a quelques semaines, le Bloc Québécois a hurlé au meurtre en prenant connaissance du nouveau projet de découpage de la carte électorale canadienne. On peut comprendre. Le projet prévoit la création de 34 nouvelles circonscriptions: 21 en Ontario, 7 en Colombie-Britannique et 6 en Alberta. Zéro pour le Québec.

La carte électorale évolue en fonction des changements démographiques. Or, il se trouve que la population de l'Ontario, de la Colombie-Britannique et de l'Alberta augmente beaucoup plus rapidement qu'au Québec.Au net, cela signifie une diminution du poids politique du Québec.

Ce n'est pas très encourageant, mais ce n'est rien à côté de ce qui s'en vient.

La dernière série de projections démographiques de Statistique Canada, publiée plus tôt cette année, porte sur la période 2009-2036, donc sur près de 30 ans. Ces projections tiennent compte du taux de fécondité, de l'espérance de vie, des migrations internationales et interprovinciales.

Sur une aussi longue période, beaucoup d'événements imprévus peuvent survenir, de sorte que les marges d'erreur sont importantes (en aucun cas, ces projections ne sauraient être considérées comme des prédictions). Les démographes élaborent leurs hypothèses en fonction de différents scénarios: croissance plus faible ou plus forte que prévue, et entre les deux, croissance moyenne, c'est-à-dire la situation qui apparaît comme la plus proche de la réalité.

Voyons ce que dit ce scénario de croissance moyenne:

> Entre 2009 et 2036, la population du Québec passera de 7,8 à 9,3 millions d'habitants, en hausse de 18%.

> Mais pendant la même période, la population ontarienne augmentera de 36%, deux fois plus vite qu'au Québec. En 2036, la province voisine comptera 17,7 millions d'habitants, presque le double du Québec.

> En Colombie-Britannique et en Alberta, la poussée démographique sera également très forte, avec 43% et 35% respectivement. Toujours en 2036, ces deux provinces compteront ensemble 10,3 millions d'habitants...

Cela signifie évidemment l'érosion du poids politique et économique du Québec. En 2009, le Québec comptait pour 23% de la population canadienne; en 2036, cette proportion passera à 21%.

Comment peut-on en arriver là?

Trois coupables possibles: le taux de fécondité, le vieillissement de la population et l'immigration.

Rejetons tout de suite l'hypothèse du taux de fécondité. Au Québec, le nombre d'enfants par femme était de 1,68 en 2007, niveau comparable à la moyenne canadienne de 1,66 et certainement supérieur à l'Ontario avec 1,57. En 2036, le Québec sera toujours en avance avec un taux de 1,72 contre 1,63 pour l'Ontario et 1,70 pur l'ensemble du Canada. Si le poids démographique du Québec diminue, ce n'est pas parce que les couples québécois ne font pas assez d'enfants.

Il y a aussi le vieillissement de la population. Plus la proportion de personnes âgées augmente, plus les décès sont nombreux par rapport aux naissances. La population québécoise vieillit plus rapidement que la moyenne canadienne, mais jamais à un rythme qui pourrait expliquer les énormes écarts de croissance que l'on vient de voir. En fait, toutes les provinces canadiennes font face à un problème de vieillissement accéléré.

Ainsi, la proportion de Canadiens âgés de 65 ans ou plus passera, entre 2009 et 2036, de 13,9 à 23,7%. Au Québec, les chiffres correspondants sont de 14,9 à 25,8%. En Ontario, de 13,7 à 23,5%. Dans les provinces de l'Atlantique, les aînés dépasseront 30% de la population en 2036.

Ces chiffres peuvent expliquer une partie du déclin démographique du Québec. Ainsi, en 2036, l'accroissement naturel (les naissances moins les décès) sera devenu négligeable au Québec, mais les autres provinces connaîtront également des diminutions importantes à ce chapitre.

Le vieillissement de la population créera des pressions énormes sur le système de santé, sur le marché du travail, sur les finances publiques, sur la richesse collective et sur les régimes de retraite privés et publics, entre autres (je vous invite, sur ce sujet, à lire l'excellent reportage de mon collègue Rudy Le Cours, proposé dans le portfolio sur les régimes de retraite de La Presse Affaires de mardi prochain).

Mais en aucun cas, le vieillissement ne peut expliquer que la population augmentera deux fois plus vite en Ontario qu'au Québec.

Reste l'immigration. Voilà la coupable. Voyons plutôt: toujours entre 2009 et 2036, le Québec accueillera en moyenne 49 000 immigrants par année. L'Ontario, 143 000. À la fin de la période, le Québec comptera 1,3 million de nouveaux citoyens (plus leurs enfants), contre près de quatre millions pour l'Ontario. La Colombie-Britannique, 1,5 million de plus.

C'est sans compter les soldes migratoires interprovinciaux; bon an mal an, 30 000 Canadiens choisissent de quitter leur province pour s'installer en Colombie-Britannique, tandis que 10 000 Québécois s'exilent vers d'autres provinces.

RD

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