mardi, décembre 07, 2010

 

Mourir dans la dignité : quelles voies adopter pour les « plus vulnérables »?

Linda Couture, directrice générale de « Vivre dans la dignité »

Article de Claudette Samson, Le Soleil, 4 décembre 2010

(Québec) C'est pour donner « une voix aux plus vulnérables » que le réseau Vivre dans la dignité a vu le jour en juin dernier. Résolument engagé contre la légalisation de l'euthanasie ou du suicide assisté, le mouvement «non partisan» et «non religieux» en appelle à une vaste campagne de sensibilisation et d'information des Québécois avant quelque modification légale en ce sens.

La directrice générale de Vivre dans la dignité, Linda Couture, a suivi de près le déroulement des audiences de la commission. En entrevue téléphonique de son domicile montréalais, elle affirme d'emblée qu'«à la lumière de ce qui se passe ailleurs», notamment en Belgique et aux Pays-Bas, il importe de ne rien précipiter.

La mise en place de balises très strictes pour obtenir une éventuelle euthanasie ne l'ébranle guère, au contraire. Lorsque la loi l'a autorisée en Belgique, dit-elle, les règles étaient claires sur les conditions à respecter, notamment le fait que la demande devait venir des gens concernés. Or, dénonce-t-elle, celles-ci n'ont pas été respectées, et on y discute maintenant de la possibilité d'étendre cette pratique aux personnes souffrant d'Alzheimer ou aux enfants lourdement handicapés.

Alors que les Québécois peinent à dénicher un médecin de famille, elle juge risible de dire que deux médecins seront disponibles pour donner leur avis, que la personne en fin de vie pourra consulter un psychologue, et que l'on donnera le temps nécessaire à la réflexion.

Bien que la mise sur pied de la commission découle à son avis des «pressions» des militants favorables à l'euthanasie, Mme Couture juge que le débat actuel est une bonne chose.

«Ça fait ressortir la grande confusion qui entoure encore cette problématique», dit-elle.

À son avis, bien des citoyens - et même des médecins! - ne savent toujours pas de quoi il est question, mélangeant euthanasie avec arrêt de traitement ou sédation terminale. Une opinion que ne partage pas le président de la Commission sur la question de mourir dans la dignité, Geoffrey Kelley, qui estime que les citoyens font bien ces distinctions.

Le choix des mots

Disant croire à l'importance des mots utilisés, Mme Couture n'hésite pas à utiliser le terme tuer pour parler de l'euthanasie. La condition de gens comme Ghislain Leblond, un homme souffrant d'une maladie neurodégénérative (voir autre texte) qui appréhende la paralysie totale alors que son esprit sera toujours alerte, ne semble guère l'émouvoir.

«Pourquoi sa situation aurait-elle plus de place que celle de Marie-Claude Lemieux [N.D.L.R. : une jeune femme complètement paralysée qui souhaite continuer à vivre]»?

Et que pense-t-elle alors du respect des choix individuels ?

«Si c'est un choix individuel, pourquoi demander à une tierce personne? Le suicide est légal», rétorque la dame.

Est-ce à dire que c'est ce que devrait faire M. Leblond? Mme Couture se reprend, indiquant qu'il y a des options comme «l'arrêt de traitement», ce qui, pour le principal intéressé, n'a aucune portée, puisqu'il n'en reçoit aucun.

«Ce n'est pas juste une question de choix personnel, on n'est pas seul dans la société», défend-elle, en dénonçant l'incongruité qu'elle voit dans le fait de lutter contre le suicide tout en autorisant l'euthanasie.

COMMENTAIRE DE PHILOMAGE

Il y a une distinction fondamentale à faire entre les soins palliatifs et l'euthanasie : dans le premier cas, les soins palliatifs seront toujours une forme de thérapie de fin de vie qui s'appliquera à la plupart des gens, si besoin est. Dans le second cas, l'euthanasie, on peut logiquement penser que ce ne sera toujours qu'une option terminale d'exception. Les deux options sont évidemment complémentaires et doivent se côtoyer dans une société moderne et laïque comme le Québec. Mourir dans la dignité signifie que notre vie personnelle nous appartient et c'est à la société québécoise (et canadienne) d'harmoniser les règles du jeu pour que tout le monde y trouve son compte, sur le plan éthique, religieusement ou civilement.

Sur le plan des coûts, il n'y a pas de commune mesure entre les soins palliatifs et l'euthanasie. L'euthanasie sera toujours un traitement d'exception et exigera peu de frais, compte tenu qu'il n'y a pas en général d'acharnements thérapeutiques et que les soins médicaux exigés sont minimaux, comparés aux soins palliatifs. Il en serait de même du suicide assisté.

Si l'on considère l'option des soins palliatifs comme étant celle qui va prévaloir pour la plupart des personnes en fin de vie, (et c'est ce qui va sûrement avoir lieu), là la facture va prendre de l'ampleur et se gonfler avec le vieillissement accéléré de la population québécoise. Selon les témoignages reçus à la Commission, on est encore loin d'être capable de répondre à ce besoin criant.

L'important dans tout ça, c'est que tout le monde y trouve son compte, que ce soit les tenants des soins palliatifs, les tenants du suicide assisté ou les tenants de l'euthanasie. C'est en regardant l'expérience des autres pays que l'on pourra être en mesure d'éviter les bourdes toujours possibles dans ce genre de situation. En bout de piste, il faudra ajuster le cadre juridique en vue de permettre aux patients en phase terminale et aux médecins de choisir les options qui conviennent le mieux à la personne impliquée d'abord et à son entourage. Mais, on est encore loin de la fin de ce débat.

À quand la mise au point de « l'élixir de vie éternelle » qui nous fait passer cette épreuve comme un moment d'extase à la toute fin de notre vie ?

RD

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