mardi, décembre 07, 2010

 

Vibrant débat sur la fin de vie au Québec


La Commission sur la question de mourir dans la dignité est déjà considérée comme celle ayant suscité le plus de participation de la part des citoyens.

Article de Claudette Samson, Le Soleil, 4 décembre 2010

(Québec) Si mourir est la condition la plus universelle qui soit, la façon d'y «parvenir» est une préoccupation plus récente. Et à coup sûr, le Québec fait preuve d'avant-gardisme en engageant le débat aussi largement et démocratiquement, croit Véronique Hivon, députée péquiste et auteure de la motion ayant reçu l'appui unanime de l'Assemblée nationale le 4 décembre 2009.

Les développements technologiques et médicaux ont irrémédiablement changé notre rapport à la mort, en Occident du moins. Cette nouvelle réalité force la réflexion sur ce que l'on veut ou ne veut pas comme individu et comme société. Jusqu'où la vie vaut-elle la peine d'être vécue? demandent certains.

Après l'affaire Sue Rodriguez en 1993 et, plus récemment, les cas très médiatisés de personnes ayant aidé des proches à se suicider ou ayant commis un meurtre sous le motif de la «compassion», la table était mise pour la réflexion, souligne la vice-présidente de la Commission. Celle-ci accordait une entrevue au Soleil cette semaine en compagnie du président de la Commission, le député libéral Geoffrey Kelley.

S'il n'était pas question pour les deux députés de s'avancer sur ce que seront les recommandations du groupe de travail composé d'une quinzaine de membres - «il reste 80 personnes à entendre», dit M. Kelley -, ils sont toutefois à même de faire quelques constats.

Ainsi, la nécessité de développer les soins palliatifs est ressortie avec force.

«On a pris conscience des difficultés et des lacunes», dit le président. Qu'il s'agisse d'aider les gens à mourir à la maison, d'aménager des espaces dans les hôpitaux et les centres d'hébergement, de soutenir ceux qui accompagnent les mourants, les besoins exprimés sont grands.

Mais ce que la Commission aura fait ressortir avec le plus d'intensité est l'opposition entre les tenants et les opposants à l'euthanasie ou au suicide assisté. «Je n'avais pas vu venir ça avec autant d'intensité», admet M. Kelley.

Craintes des opposants

Les craintes des opposants à l'euthanasie sont multiples. Alors que certains appréhendent surtout que cela mette un frein au développement des soins palliatifs, d'autres ont aussi peur des dérives qui pourraient découler d'une telle ouverture. Sous le couvert du «caractère sacré de la vie», quelques-uns ont utilisé des images fortes - tuer, achever les humains, éliminer - pour marquer leur opposition.

De leur côté, les tenants de l'euthanasie rétorquent qu'ils sont eux aussi en faveur de meilleurs soins palliatifs, mais également pour le respect de la liberté de choix de ceux qui refusent de voir leur agonie s'étirer, ou de vivre indéfiniment dans un corps dont ils sont prisonniers.

Souvent émouvants, voire bouleversants, les témoignages sont d'une profondeur de réflexion exceptionnelle, dit Mme Hivon, selon qui «c'est dans les nuances qu'on saisit toute la complexité d'un débat. Ce n'est jamais tout blanc ou tout noir».

Les citoyens au micro

Totalement non partisan (bien que certains opposants y voient cyniquement une commande du Conseil du trésor, histoire de libérer des lits d'hôpitaux plus vite [!]), le processus mis en place a permis à un nombre impressionnant de citoyens de s'exprimer dans un climat serein et respectueux. Encore aujourd'hui, une dizaine de nouvelles personnes remplissent chaque jour le questionnaire en ligne de la Commission.

L'intérêt de la population se manifeste également dans le fait que les trois quarts des mémoires et des interventions sont venus des citoyens plutôt que d'organismes, ce qui est assez inhabituel en commission parlementaire.

RD

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