samedi, janvier 29, 2011

 

Ennui et abandon de personnes âgées dans des résidences privées















Des personnes âgées en résidence, lavées et nourries en quelques minutes, puis abandonnées devant la télé, paraissent résignées.


Article de Annie Gagnon/Agence QMI, Journal de Québec, 29 janvier 2011

Une enquête de J.E. réalisée dans des résidences privées pour personnes âgées dresse un portrait sombre de la vie quotidienne de nos aînés.

Durant deux mois, une collaboratrice de l’émission, munie d’une caméra cachée, a visité des établissements privés à Montréal et en périphérie.

Premier triste constat : les résidents s’ennuient à mourir. En dehors des repas, la télévision est souvent leur seule distraction.

Dans un milieu où il y a un manque criant de personnel, notre collaboratrice, qui a offert ses services comme bénévole, a été accueillie à bras ouverts par des propriétaires prêts à l’embaucher sur le champ, sans vérification de ses références.

Pire encore, elle est entrée dans la presque la totalité des établissements avec une facilité déconcertante. À sa première visite comme bénévole dans une résidence de Longueuil, elle a obtenu le code d’accès d’une porte sécurisée.

Son nom et son âge ont été les seules informations demandées par le propriétaire pour faire du bénévolat.

Malgré son absence de formation, des préposés et même des propriétaires de résidences n’ont pas hésité à solliciter son aide dès son arrivée. En plus des travaux ménagers, on lui a aussi demandé d’effectuer des tâches normalement réservées aux préposés.

Dans un autre établissement, le directeur a offert 20 $ à notre collaboratrice qu’il connaissait à peine, pour qu’elle conduise un résidant à l’Hôpital St-Luc pour un examen médical.

« C’est inacceptable », a lancé d’emblée le directeur général de la Fédération des préposés aux bénéficiaires du Québec, Michel Lemelin. « Un bénévole n’est pas là pour donner des soins. Un bénévole est là pour participer à du temps de qualité auprès des patients », a déclaré M. Lemelin.

Cinq minutes pour la toilette

L’enquête révèle aussi que les employés manquent cruellement de temps en ce qui concerne l’hygiène personnelle. Dans certains établissements, les douches de cinq minutes sont la norme et pas plus d’une fois par semaine. Dans une résidence de Laval, la caméra a capté la toilette d’un résidant, qui s’est limité aux cheveux et aux aisselles.

Selon Michel Lemelin, cinq minutes sont nettement insuffisantes. « Ça soulève des questions. Quand je travaillais en CHSLD, une demi-heure c’était le minimum. Quand on donne une douche, ce n’est pas simplement laver la personne, ça comprend le shampoing, le nettoyage des ongles et des plaies. » Dans une résidence de Montréal où vivent une vingtaine de patients, une préposée raconte qu’un homme est resté une fin de semaine entière dans sa chambre alors qu’il avait déféqué sur son plancher. Personne n’est venu nettoyer.

Le travail, c’est de torcher

Un cuisinier a aussi décrit crûment le travail de préposé aux bénéficiaires. « Moi je vais te le dire : quand tu rentres, tu torches. »

Le Regroupement québécois des résidences pour aînés, qui rassemble 600 propriétaires d’établissement, ne s’inquiète pas outre mesure de la plupart des constats de l’enquête de J.E.

La seule lacune qui mérite d’être corrigée, selon le PDG du Regroupement, concerne la vérification des antécédents des employés et des bénévoles. « Je sais que certains de nos membres font affaire avec des agences qui vérifient les antécédents, d’autres sont en train de mettre en place des procédures », a expliqué Yves Desjardins. Il s’agit cependant d’une initiative des propriétaires et non pas du Regroupement.

Bientôt une nouvelle réglementation

La ministre déléguée aux Services sociaux Dominique Vien a vivement réagi à l’enquête réalisée par J.E.

« Cet ennui que vivent nos personnes âgées, ça me dit à moi comme femme, comme fille aussi d’une maman qui vieillit, que cette responsabilité de prendre soin d’eux, à tout le moins de s’en préoccuper, fait partie d’une responsabilité collective, oui de la résidence pour personnes âgées, mais également des enfants. »

La ministre a déclaré que les modifications qui seront apportées sous peu à la réglementation entourant la certification de conformité des résidences privées vont pallier de nombreuses lacunes montrées dans les reportages.

Le gouvernement a d’abord l’intention d’exiger des propriétaires de résidences privées un seuil minimal d’employés. La ministre Vien a toutefois refusé de révéler ce nouveau ratio.

Les centres d’accueil privés seront aussi divisés en deux catégories, selon le type de clientèle autonome ou semi-autonome, un critère qui n’existe pas actuellement.

Québec va également exiger une formation uniformisée et obligatoire des employés, selon le type de clientèle hébergée. L’équipe de la ministre Vien négocie à ce sujet avec le ministère de l’Éducation, du Loisir et du Sport.

« Quand on est un propriétaire de résidence privée pour personnes âgées, on n’est pas dans n’importe quelle entreprise, on doit être conscient qu’il s’agit d’une clientèle vulnérable. Alors si quelqu’un trouve que les seuils sont trop importants ou que les modifications que j’apporterai sont trop exigeantes... Pour moi il n’y a pas de compromis à faire là-dessus. »

Elle a même lancé un ultimatum aux gestionnaires d’établissements. « Ce sera le choix d’affaire des propriétaires d’accepter ou de ne pas accepter ce qu’on leur demandera. »

Sans préciser le nombre d’inspecteurs que cela nécessitera sur le terrain, Dominique Vien a indiqué qu’elle étudie actuellement un modèle d’inspection plus simple que celui existant déjà dans les CHSLD. « Je veux une structure moins lourde et plus réaliste », a-t-elle dit.

Ces changements nécessiteront des modifications législatives, lesquelles seront présentées à l’Assemblée nationale au cours des prochaines semaines. « J’ai la commande de M. Charest de faire en sorte qu’au Québec, nos personnes âgées vivent heureuses et dans des lieux sécuritaires, alors le processus devrait aller assez rapidement en 2011 », a précisé la ministre.

COMMENTAIRE DE PHILOMAGE

Bientôt, la masse des baby-boomers va apparaître dans le décor des résidences privées. Tous n'auront pas la capacité de se payer une résidence privée de grand luxe, c'est bien clair. Ce que l'on voit présentement devra être corrigé rapidement, sinon un grand nombre d'entre eux, je parle des baby-boomers, subiront le sort de ces victimes d'un système mal réglementé et mal foutu. Qui imagine se voir victime d'une telle situation dans un avenir rapproché? Personne, j'en suis persuadé. Pas plus VOUS que MOI. Alors, agissons maintenant. ça presse!

RD

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