vendredi, septembre 30, 2011

 

Le vieillissement de la main-d’œuvre et l’avenir de la retraite : point de vue critique


La Commission nationale sur la participation au marché du travail des travailleuses et travailleurs expérimentés de 55 ans et plus démarrait ses travaux en juillet 2010. 

Avec le thème du vieillissement actif comme leitmotiv, celle-ci a cherché, pendant une année entière, les moyens pour encourager les travailleurs de tous les secteurs de l’économie  à retarder leur retraite (de 60 à 62 ans) ou à continuer à travailler  après 65 ans. En septembre 2011, elle rendait public son Rapport intitulé : « Le vieillissement de la main-d’œuvre et l’avenir de la retraite : Des enjeux pour tous, un effort de chacun ».

Enjeux et mandat principal de la Commission :

« Quels sont les enjeux des changements démographiques immédiatement prévisibles? En quoi la situation démographique du Québec est-elle comparable à celle des autres sociétés industrialisées? En quoi s’en distingue-t-elle? Quelles en sont les conséquences pour les citoyens, les personnes en emploi, les entreprises et les institutions? Que pourrions-nous faire pour amorcer sans tarder les adaptations que commandent les changements démographiques?

Voilà quelques questions de base que la Commission nationale sur la participation au marché du travail des travailleuses et travailleurs expérimentés de 55 ans et plus a été chargée d’élucider.

Comme le prévoit son mandat, la Commission a abordé ces questions sous deux angles : celui de la participation au marché du travail et celui de l’autonomie financière des personnes retraitées. »

CONCLUSION DU RAPPORT

Cette Commission, dirigée par l’ancien sous-ministre en titre du ministère du Développement économique, de l’Innovation et de l’Exportation, M. Gilles Demers, avec M. Yvon Boudreau, ancien sous-ministre-adjoint à la Planification, comme secrétaire général de la Commission, en est arrivé aux conclusions suivantes :

Trois conclusions s’imposent, selon le rapport synthèse :

1. ll faut agir sur de nombreux leviers. Aucune solution, prise isolément, ne permet d’atténuer significativement les effets de l’évolution démographique.
2. Les effets des changements apportés pour tenir compte du nouveau contexte démographique mettent du temps à se manifester. Il faut donc entreprendre ces changements le plus rapidement possible si l’on veut qu’ils atténuent les effets de l’évolution démographique. Par rapport à de nombreuses autres sociétés, nous avons même pris passablement de retard à cet égard.
3. Il est nécessaire de tenir un débat public afin, d’une part, d’expliquer la nature des changements démographiques et ses effets sur notre société et sur notre niveau de vie et, d’autre part, de convenir des actions qui devraient être entreprises pour gérer ces changements de manière ordonnée.

Tous les gouvernements qui ont souhaité engager des réformes afin de faire face aux changements démographiques ont commencé par informer et mobiliser leurs leaders, leurs agents socioéconomiques et la société civile. Personne ne va modifier son comportement à moins d’être convaincu de la nécessité de procéder à des changements.

La Commission s’attend donc à ce que, dans la foulée de la publication de son rapport, une importante consultation soit menée, sous l’impulsion du gouvernement, dans divers forums, sous plusieurs formes et pendant un certain temps. Elle souhaite que son rapport fournisse aux participants à cette consultation l’éclairage des faits et certaines pistes d’action les plus susceptibles de contribuer à la gestion harmonieuse des changements à venir.

Le rapport peut être consulté à l’adresse suivante :

www.mess.gouv.qc.ca/grands-dossiers/travailleurs-experimentes
 
LA PRODUCTIVITÉ : UNE DES PISTES DE SOLUTION MENTIONNÉE 

  •  Favoriser une augmentation de la productivité
 La Commission pose les diagnostics suivants à l’égard de la productivité :

✦✦ L’évolution de la productivité au cours des vingt dernières années a été décevante au Québec (croissance annuelle de l’ordre de 1 % entre 1982 et 2008).

✦✦ Les interventions du gouvernement du Québec afin d’améliorer la productivité ont été dirigées vers le secteur de la fabrication.

Aujourd’hui, les services représentent environ 70 % de l’économie. Il faut donc que soient réalisés des gains de productivité dans les services, tant dans le secteur privé que dans le secteur public.
Pour maintenir au Québec un niveau de vie jugé adéquat dans le nouveau contexte démographique, la productivité doit croître d’au moins 1,5 % par an. Cela veut dire une augmentation de 50 % par rapport à la hausse tendancielle de 1 % à laquelle se situe notre performance historique. C’est considérable. L’atteinte d’un tel résultat va nécessiter des changements structurels majeurs, ce qui implique des ruptures avec les pratiques passées, autant de la part des agents économiques que des décideurs publics. De tels changements ne peuvent pas survenir uniquement sous l’effet des forces du marché.
 
COMMENTAIRE DE PHILOMAGE

La lecture de ce « rapport de  travail » de la Commission nationale laisse non seulement indifférent, mais introduit aussi un doute social et éthique sur le rôle que doivent jouer les personnes qui prennent leur retraite, de bonne heure ou en tout temps.

Il n’y a pas d’âge pour prendre une retraite du marché du travail. La santé, les circonstances de la vie et un tas d’autres aléas forcent les gens (même bien intentionnés) à se retirer du marché du travail. L’évolution démographique du Québec a fait en sorte que les cohortes de travailleurs de la relève seront en moins grand nombre. SO WHAT?

Comment contourner l’obstacle démographique devrait être l’objet d’un débat, et jamais celui de trouver des justifications pour retarder la retraite des travailleurs qui ont œuvré toute leur vie sur le marché du travail ?

UN ARTICLE ET UNE ÉTUDE QUI REMETTENT LES CHOSES EN PERSPECTIVE

Voici un article qui vient d’être publié dans le journal Les Affaires par le journaliste François Normand (numéro 1er octobre 2011) et qui résume l’opinion de M. François Dupuis, vice-président et économiste en chef, études économiques, au Mouvement Desjardins.

Intitulé « Notre niveau de vie pourrait diminuer si nous ne relevons pas notre productivité », CET ARTICLE ne fait aucunement mention de retarder l’âge de la retraite en pénalisant des travailleuses et travailleurs ou de garder au travail des personnes âgées de 65 ans et plus, même volontairement.

 « Que doit faire rapidement le Québec pour relancer son économie ? »

Il faut accroître la productivité. Nos entreprises doivent innover et investir davantage afin que leurs employés travaillent mieux. Le gouvernement doit les encourager en leur fournissant le meilleur environnement sur les plans réglementaire, fiscal et concurrentiel, ainsi que des infrastructures de qualité. Si nous n'arrivons pas à hausser la productivité, la réduction graduelle du bassin de main-d'oeuvre, résultant du vieillissement de la population, se traduira par une croissance économique plus faible. Cela entraînera une stagnation, voire une diminution du niveau de vie et la détérioration des finances publiques. Ce qui rendrait encore plus difficile la résolution d'autres défis, de la lutte à la pauvreté au développement régional, en passant par la protection de l'environnement.

À moyen terme, de 2016 à 2021, quelle devrait être notre priorité ?

Miser de plus en plus sur la technologie et le savoir afin de rester concurrentiels à l'échelle mondiale. Pour y arriver, le Québec doit encore rehausser le niveau d'éducation de l'ensemble de sa population. Et à moyen terme, avec une main-d'oeuvre de meilleure qualité, nous pourrons favoriser l'innovation, stimuler l'entrepreneuriat et faire commercialiser les fruits de la recherche et développement, ce qui contribuera aussi à améliorer la productivité des Québécois.

Et si on se projette plus loin dans le temps, sur un horizon de 10 à 25 ans ?

Pour que la prospérité soit durable, il faut penser aux générations futures. Dans cet esprit, deux objectifs sont essentiels à long terme : il faut assainir les finances publiques et protéger l'environnement. L'assainissement des finances publiques est un enjeu qui revêt encore plus d'importance dans le contexte du vieillissement de la population du Québec. Il faut en effet éviter que les générations futures soient écrasées sous un fardeau fiscal trop lourd qui les empêcherait de s'accomplir. Par ailleurs, l'exploitation juste et équitable des ressources naturelles devrait davantage être mise de l'avant, et ce, pour trois raisons : assurer une exploitation collective prospère du territoire, contribuer à l'assainissement des finances publiques et réduire le déficit commercial du Québec. Quant à la protection de l'environnement, elle doit toujours être prise en compte dans l'atteinte des autres objectifs de développement durable.

De concert avec le Centre interuniversitaire de recherche en analyse des organisations (CIRANO), les Études économiques du Mouvement Desjardins ont publié une étude, « Le défi de la prospérité durable », sur les enjeux auxquels fait face le Québec pour assurer sa prospérité dans les prochaines années.

Pour obtenir copie de cette étude :

EN CONCLUSION, ON EST LOIN DE LA SOLUTION PROPOSÉE PAR LA COMMISSION DE RETARDER LE DROIT À LA RETRAITE DE 60 À 62 ANS OU ENCORE DE GARDER SUR LE MARCHÉ DU TRAVAIL LES TRAVAILLEURS EXPÉRIMENTÉS APRÈS 65 ANS, EN PÉNALISANT LES UNS ET EN RÉCOMPENSANT LES AUTRES.

La Commission, avant de publier son rapport, aurait dû s’inspirer de d’autres études nettement plus avant-gardistes et plus fouillées, pour non seulement suggérer des pistes d’action, mais aussi prioriser des solutions intégrées à la dynamique RÉELLE de l’économie du Québec.

RD

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