vendredi, février 03, 2012

 

Face à la maladie d'Alzheimer, les résidences privées démunies

 
Auteure : Annie Gagnon, Agence QMI, Canoe.ca, 02/02/2012

Les résidences privées pour aînés au Québec demeurent peu outillées quand vient le temps de prendre soin des personnes âgées atteintes de démence telle que la maladie d'Alzheimer, révèle une enquête de l'émission «J.E.», diffusée sur les ondes de TVA.


Une collaboratrice de l'émission a travaillé l'équivalent d'un mois et demi dans des résidences privées de Montréal et de la Rive-Sud, après avoir suivi un cours de préposée aux bénéficiaires dans un centre de formation privée. Grâce à une caméra cachée, elle a obtenu des images troublantes qui témoignent d'une triste réalité.

Dans une résidence montréalaise, le personnel lui a confié rapidement des patients atteints de déficits cognitifs, certains ayant même des comportements agressifs, mais les préposés ont omis de l'en informer.

Dans un autre établissement, des personnes âgées, souffrant toutes, à différents degrés, de déficits cognitifs, sont bousculées dès le réveil pour arriver à l'heure au déjeuner. La préposée en chef d'une résidence privée de la Rive-Sud témoigne : « On amène les culottes d'incontinence et les souliers. Il ne faut pas perdre de temps. On amène la poubelle en même temps qu'on s'occupe des résidents ! Pendant qu'ils font pipi, moi je les habille, ce sont tous des trucs pour sauver du temps !»

Le rythme est effréné au point où on utilise la même débarbouillette pour tout le corps lors des toilettes partielles.

En entrevue à «J.E.», une ex-préposée aux bénéficiaires, qui a travaillé deux ans de jour et de nuit dans le même établissement, raconte qu'elle devait faire la toilette partielle d'une douzaine de résidents avant 7 h le matin. « Ça implique de réveiller les patients à environ 3 h 30 du matin même s'ils se sont endormis à 21 h le soir précédent », a expliqué l'ex-employée.

« Quinze patients pour un préposé, ça n'a pas de bon sens! On ne peut pas s'occuper correctement des patients qui ont des troubles cognitifs. Malheureusement, on voit ça aussi dans nos centres de santé publics », a réagi Marie-Chantal Ménard, omnipraticienne et spécialiste de la maladie d'Alzheimer.
Dans le tourbillon des activités matinales, des erreurs se glissent aussi. Tantôt une préposée oublie de prendre le taux de glycémie d'un résidant, tantôt on administre le mauvais médicament. « Crachez ! Crachez! Mon Dieu, comment ça, je me suis trompée ? Je vais être obligée d'aller me calmer (…) j'ai fait une erreur », s'exclame la préposée en chef d'une autre résidence.

  
Une formation limitée

Une collaboratrice de «J.E.» a suivi une formation de préposée aux bénéficiaires d'un mois au Centre de formation Saint-Michel à Montréal. Le cours qui n'est pas reconnu par le ministère de l'Éducation comporte 35 heures de théorie et 80 heures de stage pratique en milieu de travail. Mais dans les faits notre étudiante n'a passé que 12 heures en classe.

Pour travailler comme préposé aux bénéficiaires en résidence privée, on n'exige aucune formation particulière. À l'inverse, pour être embauché dans un établissement public, comme un CHSLD, le préposé devra obligatoirement avoir suivi une formation de plusieurs centaines d'heures, reconnue par le ministère de l'Éducation. Pourtant les deux employés vont soigner le même patient souffrant des mêmes maladies.

Comme les CHSLD débordent, les personnes âgées atteintes d'Alzheimer se retrouvent de plus en plus nombreuses dans les établissements privés, désignés souvent comme «ressources intermédiaires».

Au Québec en 2009, près de 120 000 personnes souffraient de cette forme de démence et cela n'ira pas en diminuant. D'ici 20 ans, on estime à près de 200 000 les personnes qui en seront atteintes.

 COMMENTAIRE DE PHILOMAGE


Le dérapage dans les résidences publiques et privées concernant les aînés en perte d'autonomie est bel et bien commencé. Tant que le nombre de patients ou de résidents reste relativement stable, les personnes assignées aux soins pour les aînés peuvent remplir leurs tâches assez bien merci, mais, si cette donnée devient croissante, alors c'est la panique et le désordre s'installe à demeure.

Dans ce cafouillis, on peut en déduire deux grandes constatations : 

1) La planification des besoins face à une clientèle croissante d'aînés avec des besoins lourds n'existe pas ou presque pas; on s'ajuste comme on peut. Pourtant, on sait très bien qu'avec l'arrivée des baby-boomers à la retraite, il y aura un accroissement inévitable de la clientèle et des besoins dit lourds  ( un « rush »)  dans les résidences publiques ou privées. 
2) Deuxièmement, la question de la formation des préposés commence à percer et à faire l'objet d'une attention particulière. 

La formation est une donnée fondamentale pour maintenir la qualité des soins et développer des façons de faire appropriées face à la clientèle des personnes âgées.  Pourquoi pas mettre en place et/ou en valeur ce genre de cursus dans nos institutions scolaires (secondaire, collégial et universitaire). C'est un nouveau débouché pour nos diplômé(e)s qui va permettre d'offrir nombre de nouveaux emplois bien rémunérés, tout en répondant à un besoin social grandissant.


Enfin, y-a-t-il une étude en cours sur l'évaluation de ces besoins et les correctifs à y apporter, avant que la situation ne devienne incontrôlable, avec un éventuel débordement à l'échelle du Québec ? Une belle étude de maîtrise ou de doctorat à réaliser et à déposer entre les mains de nos chers et diligents fonctionnaires québécois ! Beaucoup plus intéressant que d'étudier le sexe des fourmis rouges dans un lointain désert africain..... 

Pendant ce temps-là, Mme Blais, la ministre responsable des Aînés planche sur une nouvelle politique axée sur le « restez chez soi » le plus longtemps possible, qui devrait aboutir ce printemps-ci. 

Quel bordel!


RD

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