dimanche, février 05, 2012

 

Le cas des retraites détournées, selon Mongrain


Article de Jean-Luc Mongrain, Journal de Québec, 5 février 2012


D’habitude, les médias s’attardent principalement à la nouvelle du jour. Celle qui fait parler sur le coup, qui est spectaculaire, suscite la curiosité et même un peu de voyeurisme. Il y a pourtant bien d’autres histoires tout aussi importantes, sinon plus.

Je pense ici au drame que vivent trop de retraités de différents milieux de travail qui ont vu leur fonds de pension fondre comme neige au soleil. Non seulement en raison des fluctuations du marché boursier, mais aussi par les entourloupettes de grandes compagnies qui, dans des circonstances particulières, n’assument pas leurs responsabilités envers leurs employés. C’est notamment le cas des gars de l’usine Papiers Fraser, à Thurso, et de Nortel.

DU VOL

Des milliers de travailleurs et travailleuses ont vu une grande partie des sommes prélevées chaque semaine pour leurs vieux jours partir en fumée parce que l’entreprise en difficulté a pu profiter de congés de cotisation. Dans certains cas, l’argent du fonds de pension des ouvriers a même été utilisé pour des opérations courantes.

C’est peut-être légal, mais immoral. Inhumain. Une forme de détournement des fonds à d’autres fins que de garantir une sécurité de retraite à d’honnêtes travailleurs. Tout ça en toute impunité.

AU BORD DU GOUFFRE

Et quand les choses dégénèrent jusqu’à un point de non-retour, la fin de l’histoire est dramatique. L’entreprise se place sous la protection de la Loi sur la faillite ou même sous la Loi sur les arrangements avec les créanciers des compagnies, et les retraités floués se retrouvent Gros-Jean comme devant; c'est-à-dire que les travailleurs qui ont cotisé pendant toutes ces années sont « considérés » non pas comme des créanciers de premier rang ou privilégiés, mais bien comme les derniers à qui on versera des miettes, à condition qu’il en reste. Car bien avant eux se seront sustentées les banques et autres institutions financières.

Dans les faits, ils ne reverront jamais la couleur de leur argent. Ils ne goûteront pas non plus à la quiétude qu’ils croyaient s’être bâtie à la sueur de leur front.

URGENCE D’AGIR

Le lobby du monde des affaires et de la finan­ce est plus fort que celui du bon peuple, c’est connu. Sauf que la simple décence commanderait que le gouvernement encadre mieux le comportement des entreprises. Question de justice et de respect envers les travailleurs cotisants.

Je rappellerais à nos élus fédéraux qu’au moment où un député met 1 petit dollar dans son fonds de pension, le contribuable canadien, lui, en donne 23. En soi, ce ratio frise le scandale et je serais très surpris qu’un jour un retraité du Parlement se retrou­ve perdant parce que le Canada aurait fait faillite !

COMMENTAIRE DE PHILOMAGE

Il y a toutes sortes de remises en question dans notre société québécoise. Le débat sur l'euthanasie, le suicide assisté, les soins palliatifs, l'hébergement des aînés, la qualité des soins à domicile, l'accessibilité des soins de santé,.... Mais, actuellement, avec la précarité des économies industrialisées (y compris le Canada), on assiste à un nouveau débat qui touche quelque chose d'également fondamental : le droit à retirer une retraite en bonne et due forme, après des années de labeur au sein d'entreprises exigeantes et sans égard pour la main-d'oeuvre qui leur a permis de gagner des profits pendant des décennies et qui se retrouvent sur la paille pour nombre de raisons économiques ou d'affaires.

Les gouvernements (provincial et fédéral) doivent être à l'écoute et intervenir lorsque des travailleurs proches de leurs retraites perdent leurs acquis le plus précieux, celui de leur fonds de pension et/ou de retraités. Les Néo-démocrates utilisaient autrefois une expression bien explicite pour caractériser ce genre de comportement : ils appelaient ces entreprises délinquantes, des « Corporate bums ».

Le respect des droits des travailleurs est aussi fondamental que le droit de voter, parce que ceux-ci participent au quotidien à la création de la richesse économique qui maintient le niveau de vie de toute la population canadienne. Le Capitalisme sauvage n'a pas sa place dans notre pays, ni ailleurs. Il faut se le rappeler personnellement et le dire clairement à nos représentants élus ou nommés, les députés, les ministres et les sénateurs, qui nous représentent. Ce sont eux qui détiennent la pouvoir d'intervenir en notre nom et qui sont en mesure de rétablir l'équité sociale et le partage de la richesse au nom du bien commun.

Un chef d'entreprise véreux, avec une conscience sociale perverse, qui brime les droits des travailleurs, y incluant les fonds de pension, est coupable d'actes répréhensibles et doit être sanctionné par les Tribunaux, au même titre que le simple voleur ou l'arnaqueur, le violeur, le fraudeur, etc. (la liste des crimes sanctionnés est longue.)

RD

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