mardi, février 21, 2012

 

Retraite et pauvreté : un dilemme pour les Québécois


ÉTAT DE LA SITUATION

(Journal de Québec, 12 février 2012)

Même si les experts voient venir le problème depuis 40 ans, tous les fonds de pension sont désormais déficitaires. 

Connaissant les conséquences dramatiques des baisses de revenus pour les adhérents d'un régime de pension et les effets catastrophiques pour la société, le gouvernement doit-il assurer la pérennité de ces régimes en taxant davantage les citoyens, et ce, même si trois-quarts des travailleurs du secteur privé n'ont pas de régime de retraite ?

Les sources de revenu des personnes âgées de 65 ans et plus ont évolué considérablement au cours des deux dernières décennies. Le système québécois actuel de sécurité du revenu des personnes âgées est composé de trois paliers:

Le premier regroupe les mesures d'assistance gérées par le gouvernement fédéral, à savoir la pension de la Sécurité de la vieillesse (PSV), le Supplément de revenu garanti (SRG) et l'Allocation au conjoint.
Le deuxième palier est défini par le Régime de Rentes du Québec (RRQ), tandis que le troisième palier porte sur les véhicules privés de retraite.

OPINION DE PATRIK MARIER

 (Patrik Marier est titulaire de la Chaire de Recherche en politiques publiques comparées au département de science politique à l'Université Concordia. Il est l'auteur de plusieurs ouvrages sur les réformes des régimes de retraite dans les pays industrialisés.)

« Le régime de retraite sans risque n'existe pas »

 C’est une question de principe. Le gouvernement ne va pas rembourser les pertes financières pour les travailleurs qui ont un REER ou un régime complémentaire à cotisation déterminée. Donc, pourquoi est-ce que l’État devrait intervenir et assumer les risques financiers des régimes complémentaires à prestations déterminées dans le secteur privé? Dans le secteur public, l’État doit aussi assumer les conséquences des bénéfices qu’il a octroyés à ses employés.

Le rôle de l’état est d’abord et avant tout d’établir les paramètres concernant la gouvernance de ces régimes. En conséquent, le mandat principal de la RRQ en est un de surveillance, et non de gestion. Dans la majorité des cas, les régimes complémentaires font l’objet de négociation entre la partie patronale et syndicale. Ce sont eux — et non le gouvernement — qui décident de la générosité des prestations, du montant des cotisations, et ce à l’intérieur des paramètres établis par la législation.
Risques inhérents

Il n’y a tout simplement pas de régime de retraite sans risque. La grande distinction entre les régimes privés de retraite concerne la nature du risque et le partage de ce risque. En ce qui concerne les REER — l’option par défaut pour la majorité des travailleurs du secteur privé — et les régimes à cotisations déterminée, ce sont les employées qui assument principalement les risques financiers et de gestion. Pour les régimes à prestations déterminées, l’employeur assume en grande partie ces risques. Par contre, les employés font aussi face à des risques associés au bien-être des entreprises qui les emploient.

Malheureusement, les anciens travailleurs et retraités de Nortel et Stelco sont très familiers avec cette réalité. Est-ce que l’État peut améliorer la protection offerte aux employés et retraités des compagnies en faillite? Oui. Par contre, l’état n’a pas – et ne devrait pas avoir - l’obligation d’assumer les pertes financières de ces régimes de retraite. Le faire serait tout simplement injuste envers les autres travailleurs qui ne bénéficient pas de ces garanties.

Vifs débats

Les déficits actuariels des régimes complémentaires à prestations déterminées du secteur public font présentement l’objet de vifs débats. Le gouvernement doit faire preuve de leadership et de créativité pour négocier des solutions qui vont permettre d’assurer le futur des services offerts par la fonction publique.

Pour les employés, le risque demeure que le gouvernement décide d’adopter unilatéralement une réforme pour forcer la main des syndicats comme c’est présentement le cas au Royaume-Uni.
OPINION DE LOUIS PLAMONDON

(Président de l'AQDR : Association québécoise pour la défense des droits des personnes retraitées et préretraitées. Retraité de l'Université de Montréal. De 1975 à 2008, il y a dirigé des programmes dans le domaine de la gérontologie et de l'intervention en victimologie. Il a publié, entre autres, « Vieillir en sécurité » (2011), distribuée à plus de 400 000 exemplaires.)



« Droits à la retraite au banc des accusés »

Un grand danger menace les plus de soixante ans d’aujourd’hui et de demain : le droit à une retraite acquise est attaqué de toute part.

Les aînés sont accusés d’être à la source des problèmes des entreprises, des services publics et des déficits de l’état ; le projet de M. Harper de réduire le programme de pension est la pire conséquence.

Les aînés sont accusés d'être à la source des problèmes des entreprises, des services publics et des déficits de l'État; la sortie de M. Harper de réduire le programme de pension est la pire conséquence.
Les régimes de retraite et les retraités seraient-ils à l'origine de ces difficultés? Mais, qu'en est-il en réalité?

SANS RECOURS

Nos fonds de retraite ont été pillés, détournés de toutes sortes de manières dans les deux dernières décennies et les aînés se retrouvent sans recours parce que ces régimes sont administrées par des structures patronales qui excluent les retraités. Pire encore, la prochaine génération des 50 ans est plus à risque de se voir priver de son droit de retraite et de devoir travailler au-delà de 65 ans, comme leurs grands-parents à la fin des années soixante! Mais pourquoi?

Les systèmes de retraite canadiens sont généralement capitalisés sur la base des cotisations des employeurs à titre de SALAIRES différés. En principe, les prestations découlent du placement de ces capitaux et les régimes se sont toujours bien comportés durant les cinquante dernières années accumulant des milliards de surplus jusqu'en 2006. Alors, pourquoi la situation a-t-elle changé du tout au tout?

Il faut se rappeler qu'à certaines périodes, les rendements étaient si positifs que les employeurs ont décrété des congés de cotisations pour eux-mêmes et les cotisants. Alors, lorsqu'est apparu le choc boursier de 2008, avec des rendements fortement amoindris, les surplus avaient fondu et ne pouvaient pas compenser la brutale chute boursière. C'est ce qui explique en partie la situation financière actuelle des régimes de retraite. Le déficit des régimes est surtout dû aux conduites téméraires de leurs administrateurs au moment des vaches grasses.

LACUNES DE GESTION

Les employeurs contrôlent la gestion des régimes selon la loi, Il rejettent pourtant sur le dos des retraités et des employés les conséquences de leurs lacunes de gestion et les conséquences de leurs appâts du gain. La Caisse de dépôt a eu la même conduite avec des pertes inexcusables de 20 milliards de dollars dans le patrimoine des Québécois.
En 1998, sous le gouvernement Bouchard, les surplus très importants du régime de retraite public ont été utilisés pour réduire le déficit de gestion des affaires courantes en mettant à la retraite dès 55 ans quelque 35 000 employés de l'État. Le vérificateur général avait dans son rapport dénoncé le procédé et son impact très risqué sur les régimes de retraite publics.

Monsieur Harper veut faire payer aux aînés son déficit découlant de ses réductions  de la TPS et des impôts corporatifs. Notre droit à la retraite et notre avenir sont menacés en raison de ces décisions financières et politiques. Voilà ce qui se cache sous les discours alarmistes concernant les coûts de nos retraites et l'avenir des aînés.

RD

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