mardi, avril 03, 2012

 

L'euthanasie devrait être légalisée au Québec


Articles de Jean-Luc Lavallée, Journal de Québec, 23 mars 2012


Le Québec devrait légaliser l'euthanasie, à condition qu'elle s'exerce dans des circonstances exceptionnelles et bien balisées. Voilà l'une des principales recommandations de la commission spéciale «Mourir dans la dignité».

Les membres de cette commission parlementaire, issus de tous les partis politiques,  ont dévoilé le fruit attendu de leurs travaux, jeudi, à l'Assemblée nationale, après deux ans de labeur, de réflexion commune et une tournée provinciale de consultation.

Ils y vont de 24 recommandations unanimes, incluant la modification des lois pertinentes (Loi sur les services de santé et les services sociaux et le Code civil du Québec), afin de permettre l'euthanasie, rebaptisée «aide médicale à mourir» par les parlementaires. «C'est la même chose», a convenu la présidente de la Commission, Maryse Gaudreault, insistant toutefois sur la notion d'encadrement médical.

Même si code criminel canadien interdit formellement l'euthanasie, la Commission s'appuie sur le Barreau du Québec et soutient que ce n'est pas un obstacle pour aller de l'avant.  La députée péquiste Véronique Hivon croit que le Procureur général pourrait émettre une directive au Directeur des poursuites criminelles et pénales afin de s'assurer qu'un médecin, qui se conforme aux lois québécoises, ne puisse faire l'objet de poursuites.

Critères essentiels 

Seul un médecin pourrait injecter une dose mortelle afin d'abréger les souffrances d'une personne malade. Le patient, majeur, devrait exprimer lui-même ce souhait. La Commission a prévu d'autres critères essentiels : la personne devrait être atteinte d'une maladie grave et incurable. Ses souffrances «physiques ou psychologiques constantes, insupportables, ne pourraient être apaisées» et sa condition ne devrait présenter «aucune perspective d'amélioration».
«Nous sommes convaincus que la société québécoise souhaite ce changement. Une nouvelle option est en effet nécessaire dans le continuum de soins de fin de vie, car les soins palliatifs ne peuvent soulager toutes les souffrances physiques et psychologiques des personnes malades», peut-on lire dans le rapport.
La Commision s'est aussi inspirée des expériences à l'étranger, notamment la Belgique et les Pays-Bas. Ainsi, ils disent avoir l'assurance, étude à l'appui, que «l'aide médicale à mourir ne portera pas préjudice aux personnes les plus vulnérables, puisqu'il est possible de bien la circonscrire et la baliser afin d'éviter tout risque d'abus».

Soins palliatifs

La Commission recommande aussi de développer les soins palliatifs à domicile au Québe et de de dispenser une formation en soins palliatifs à tous les intervenants du réseau de la santé. Elle espère le dépôt d'un projet de loi d'ici juin 2013.

Le ministre de la Santé et des Services sociaux, Yves Bolduc, a réitéré son «ouverture» mais a déclaré qu'il préférait étudier le rapport avant de le commenter.

MILIEU DE LA SANTÉ : un rapport généralement bien reçu

 Bien que les réactions soient mitigées, le rapport de 180 pages qui prévoit un encadrement précis pour l'euthanasie, a été généralement bien reçu dans le milieu de la santé.

Plusieurs recommandations s'inspirent d'ailleurs de celles formulées par le Collège des médecins. La Fédération des médecins omnipraticiens s'est également dite « satisfaite » des conclusions de la commission et de la recommandation 21 qui évoque une modification du Code de déontologie, « afin que les médecins puissent pratiquer une aide médicale à mourir selon les critères
prévus par la Loi », tout en confirmant leur droit à l'objection de conscience.

Amir Khadir, lui-même médecin et membre de la Commission, a souligné que la solution palliative, constitue déjà une forme d'euthanasie, puisque les médecins savent qu'en agissant ainsi, « ils précipitent la mort des patients qui agonisent ». Dans ce contexte, il juge que les patients seront « soulagés de savoir que tout ça est encadré, que ce n'est pas laissé à l'à-peut-prêt, ou dans une confusion, et juste au bon gré du médecin ou de l'infirmière de l'équipe au moment où ces décisions graves sont prises. »

L'Association québécoise des établissements de santé`et de services sociaux (AQESS) a quant à elle reconnu les efforts de la Commission qui a mis l'accent sur les soins palliatifs.

« La légalisation de l'euthanasie et du suicide assisté`soulève des enjeux éthiques et moraux très délicats. En nos rangs, les avis sont partagés. Des questions et des craintes de dérapage subsistent. »

Opposants à l'euthanasie 

Pour sa part, la Coalition des médecins pour la justice sociale, « dénoncent toutes ouvertures à l'euthanasie même dans les cas de souffrance exceptionnelle. » L'euthanasie va à l'encontre du Code de déontologie des médecins du Québec, plaide-t-elle.. « Est-ce que l'ouverture au suicide assisté et l'euthanasie est une façon de se débarrasser  des personnes les plus malades, âgées, handicapées ou dépressives?

Faire moins peur

« Là, on demande à toute une société d'endosser un acte qu'on appelle maintenant « une aide médicale pour mourir ». On a de la difficulté à gérer la santé. Imaginez gérer la mort précipitée par injection ? C'est précipité. C'est mettre la charrue devant les boeufs, sans savoir si on est capable d'aider nos soins palliatifs à mieux se développer », s'est insurgé Mme Linda Couture, directrice générale du réseau Vivre dans la dignité.

RD

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