mardi, février 10, 2015

 

Repas fatals pour des résidents québécois âgés



Article de Johanne Roy, Journal de Québec, 27 janvier 2015

Centres d'hébergement québécois : une vingtaine d'aînés morts étouffés.

Depuis trois ans, une vingtaine de résidents de centres d’hébergement québécois sont décédés après s’être étouffés avec de la nourriture, alors qu’ils avaient été laissés sans surveillance, a appris le Journal à partir des rapports de coroners.

 «Ce n’est pas étonnant. C’est symptomatique d’un problème plus large touchant toute l’activité des repas en hébergement. On constate souvent un manque de vigilance, de formation du personnel et d’organisation du travail», observe Me Gabriel Dupuis, porte-parole du Conseil pour la protection des malades.

En 2013, un homme de 82 ans souffrant de démence a succombé à une asphyxie alimentaire au CHSLD Sainte-Anne, à Mont-Laurier. Alors qu’il nécessitait de l’aide pour s’alimenter et une surveillance étroite, aucun préposé affecté à la surveillance ne se trouvait dans la salle à manger lorsque ce résident en perte d’autonomie s’est étouffé avec sa nourriture.

Les rapports du coroner consultés par le Journal relèvent en outre une méconnaissance de la manœuvre de Heimlich qui est utilisée pour désobstruer les voies aériennes lors d’un étouffement.

«Lacunes évidentes»

Selon Pierre Blain, du Regroupement provincial des comités des usagers, la présence d’au moins un employé qui connaît cette technique lors des repas des résidents est essentielle, mais ce n’est pas le cas partout.

Les coroners signalent dans certains cas une évaluation déficiente de la capacité du résident à s’alimenter seul. «Ces décès, ce n’est pas normal. Cela dénote des lacunes évidentes. L’organisation du travail alloue dix minutes pour faire manger un résident. Des recherches montrent toutefois qu’on devrait accorder au moins 20 minutes à une personne qui a besoin d’une assistance totale», soulève Denise Ouellet, professeur titulaire en nutrition à l’Université Laval.

Aliments à risque

À leur admission en CHSLD, les personnes âgées arrivent très souvent d’hôpitaux. Or, la transmission des informations nutritionnelles n’est pas toujours optimale, remarque Michel Sanscartier, coordonnateur nutrition clinique à l’Institut universitaire gériatrique de Montréal. «Leur premier repas en hébergement peut être le dernier», note-t-il.

Parmi les aliments les plus à risque d’étouffement, la viande, dont la saucisse en rondelles, arrive au premier rang.


Des normes quasi inexistantes au Québec


Aux États-Unis, les centres d’hébergement sont soumis à des normes strictes sur la qualité de l’alimentation des résidents, alors qu’elles sont pratiquement inexistantes au Québec.

Tel est le constat fait par Michel Sanscartier, coordonnateur nutrition clinique à l’Institut universitaire de gériatrie de Montréal. «Aux États-Unis, les normes sont mur à mur en ce qui concerne l’évaluation nutritionnelle en hébergement. En Ontario, les établissements doivent s’assurer que le menu d’un résident réponde à ses besoins, en termes de valeur nutritive, de texture des aliments, mais ce n’est pas le cas ici», déplore M. Sanscartier.

C’est un élément qui pourrait jouer, selon lui, sur les cas d’asphyxie alimentaire.

La présence de nutritionnistes en hébergement est aussi très inégale, au Québec. Des établissements ont un ratio «tolérable» d’un nutritionniste pour 350 résidents, mais à certains endroits le ratio est d’un nutritionniste pour 500, voire 1000 résidents, ce qui est un non-sens, fustige M. Sanscartier.

Manque de volonté politique

Denise Ouellet, professeur en nutrition à l’Université Laval, ne sent pas de volonté politique d’injecter les budgets nécessaires. «On n’est pas dans le radar du ministre Barrette. L’hébergement est le parent pauvre du réseau de la santé. La perte des fonctions musculaires de déglutition est un trouble bien connu chez les personnes âgées. La grande majorité des résidents en CHSLD sont en perte cognitive. Ces gens sont en fin de vie et ne font pas de bruit», se désole Mme Ouellet.


Des cas troublants


En octobre 2013, décès par asphyxie alimentaire d’une femme de 73 ans, souffrant de dysphagie, au manoir Heather de Rawdon. On lui servait une diète particulière adaptée à sa condition. Le jour de son décès, un plateau contenant une diète régulière lui a été servi par erreur. Elle a été retrouvée inconsciente par le personnel, la bouche pleine d’aliments.

En avril 2013, un homme de 91 ans décède d’une asphyxie par obstruction des voies respiratoires par un aliment à la résidence La Gappe, à Gatineau. Les aliments étaient trop gros pour les capacités de déglutition du résident.

En février 2014, un homme de 65 ans s’effrondre en quittant la salle à manger du CHSLD Jeanne-Crevier, à Longueuil. Un corps étranger obstrue ses voies respiratoires. On procède à des compressions abdominales, alors que des manoeuvres thoraciques sont recommandées dans pareil cas. Le résident est en arrêt cardiorespiratoire et le décès est constaté.

En mars 2013, décès d’un homme de 47 ans atteint de déficience intellectuelle dans une famille d’accueil, à Saint-Prosper. La préposée sort du congélateur des bâtonnets de poisson pour le repas.

Elle quitte la cuisine une dizaine de minutes. A son retour, le résident a la bouche pleine de nourriture. Il perd conscience et le 911 est composé. Le décès est constaté par les secouristes.

COMMENTAIRE DE PHILOMAGE

Difficile de ne pas compatir sur le malheur de pauvres personnes âgées qui sont victimes d'un étouffement mortel. L'établissement de normes strictes sur la qualité de l'alimentation chez les résidents de centres d'hébergement passe évidemment par des soins donnés par du personnel mieux formé et réceptif aux signaux donnés par les personnes âgées à risque.

Qu'en sera-t-il quand la grande vague des babyboomers arrivera à ce stade de la vie ? La réponse est simple : il faudra avoir déjà mis en place, depuis longtemps, des correctifs pour encadrer ces cas de détresse mortels, qui apparaissent de plus en plus nombreux présentement dans les statistiques officielles.  

RD



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